La raison d’État est toujours la plus forte

lundi 28 mars 2016

La propension du tort et l’attitude de certains segments de notre administration à faire fi de la loi sont devenues des réalités de plus en plus inquiétantes chez nous. En effet, il est désormais rare le jour où vous ouvrez un journal, jetez un coup d’œil sur les réseaux sociaux ou les télévisions ou écoutez la radio sans que votre attention ne soit attirée par une insupportable plainte ou une manifestation de gens demandant tout simplement d’être rétablis dans leurs droits. Il est certes vrai que parfois, il s’agit de cas exagérés ; toutefois, la plupart des plaintes sont graves et tout simplement insupportables. Elles dénotent du lamentable recul des valeurs de l’islam, de l’humanité et de la perte du sens de la mesure et de la justice dans notre société devenue, subitement, un conglomérat de brigands qu’encadre une administration lascar. Dans la plupart des cas, surtout dans les cas légion de « litiges » fonciers, ce sont des personnes puissantes ou proches des puissants, protégées par eux ou par ceux qui sont soumis à leur autorité, qui s’accaparent les biens d’autrui et imposent leur « droit » ; même si les actes administratifs et souvent les décisions explicites de la « justice » sont clairement du côté du « faible ».

Nonobstant les mesquins règlements de comptes politiques du genre l’annulation pure et simple de la propriété acquise et protégée par titre foncier et quelques cas de flagrante atteinte au droit de propriété pour se venger des « ennemis », d’autres cas sont encore plus flagrants. Surtout quand ils sont commis par l’administration publique elle-même qui, dans ces cas précis, fait figue de « juge et partie « la raison d’Etat étant supérieure à toutes les autres raisons qui puissent exister. C’est ainsi que des centaines de familles, disposant de permis d’occuper, habitant des lopins de terre depuis des dizaines d’années sur la route séparant la ville de Nouakchott à son nouvel aéroport, et y ayant construit des demeures en béton, ont vu le ministère de l’habitat autoriser la démolition de leurs maisons, sans aucune autre forme de procès. Raison avancée par l’administration : l’arrivée des chefs d’État arabes devant participer au sommet de juillet 2016 dans notre capitale.

Comme décision a été prise, au plus haut niveau de l’État, de rendre notre capitale attrayante et surtout, digne d’une capitale arabe, « tout ce qui peut entraver une belle vue de la capitale serait détruit » ! C’est en tout cas ce que d’aucuns constatent à travers l’attitude peu républicaine des cadres du ministère de l’Habitat. C’est aussi ce qui explique cette opération sans précédent qu’ils mènent depuis quelques jours sur la route nord de Nouakchott, consacrée par la démolition de tous les habitats qui pourrait générer l’image de la capitale pour les hôtes de marque qu’attend la ville. Tout a commencé lundi dernier ! Bizarrement et sans que les malheureux occupants de l’espace séparant le nouvel aéroport de la capitale ne voient jamais les gardes venir, ils ont vu les cadres du ministère de l’Habitat débarquer et autoriser la démolition des demeures cibles. Sans aucun mandat légal, ni aucune décision administrative écrite ! Surtout sans aucune notification préalable comme le veut la loi pour donner aux malheureuses familles le temps de ranger leurs affaires et pourquoi pas, de chercher un autre endroit où loger ! Une semaine aura ainsi suffi aux Autorités de faire table rase des lieux, transformant des villages entiers en une aire de désolation et de malheurs. Les plaintes et les cris des hommes, les pleurs et les lamentations des enfants, les appels au secours des femmes n’y ont rien fait ; l’ordre de destruction a été respecté, Nouakchott offre désormais une image meilleure !

La question qui se pose maintenant est de savoir est-ce que les pouvoirs publics ont le droit de détruire des concessions privées parce que l’architecture de celles-ci ne plait pas ? Quel est le droit auquel ces pouvoirs ont-ils fait usage pour procéder à la destruction de villages entiers pour le seul objectif de « procurer une meilleure vue à leurs hôtes » ?

Il faut le dire, les dérives sont de plus en plus nombreuses, qui proviennent de l’État alors que dans celui-ci que les citoyens cherchaient refuge. Il faut le redire, l’humanisme n’a plus de place dans un État où les faibles se font écraser par l’administration publique et la lâcheté des forces de l’ordre sollicitées dans ces cas de figure ! Ce qui s’est passa la semaine dernière au nord ouest de Nouakchott, est révélateur de l’état où nous en sommes dans un État désormais devenu un vulgaire régulateur de la loi de la jungle. Et ces cas cibles ne seraient que d’infimes manifestations de cet état de fait. Il en existe plusieurs, notamment à Nouadhibou où le foncier fait désormais la richesse de l’État.

L’État qui devait être l’arbitre, la justice, le recours, a perdu de sa gouverne. Il a démissionné depuis longtemps de sa mission de protecteur du citoyen. Mené en barque par des pontes du système, l’État n’est plus cette force supérieure qui régit avec équité la loi de la cité. Au contraire, il n’est plus qu’un ramassis d’intérêts où chacun prend les décisions qui l’arrangent et arrangent les siens (au sens large et stricto du terme). Ceux qui n’ont personne au sommet de l’État ou dans les maillons intermédiaires de l’administration ne verront que du feu. Ils se font spolier leurs droits les plus évidents et se font dépouiller de leurs biens durement et légalement acquis sans que mouche ne bronche. Cette situation est inacceptable, même dans une société ou la loi de la force prime. Même dans les sociétés les plus arriérées au moyen-âge, de telles pratiques étaient inimaginables. Et pourtant, nous vivons ici cette immense et inquiétante régression. A Nouakchott, comme dans nombre de régions du pays.

Amar Ould Béjà



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