Hommage à la Grande Royale du Fouta, madame Aïssata KANE Première femme ministre en Mauritanie

jeudi 29 août 2019
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Une Icone mauritanienne et Héroïne Africaine a tiré sa révérence le 10 août 2019 à Nouakchott. Née le 18 août 1938 à Dar El Barka, elle avait 81 ans et une (1) semaine et compte près de six décennies (1960-2019) d’engagement social, politique et environnemental tant au niveau national qu’international. Car, dès son retour de Bruxelles (Belgique) où elle était allée suivre des études en sociologie, elle s’engagea en Mauritanie dans la lutte pour l’éducation et l’organisation des masses populaires, surtout féminines.
Ainsi, à l’instar de l’Union nationale des femmes dont elle avait pris part à la fondation en 1957 à Dakar, elle cofonde en 1960 l’Union nationale des femmes de la Mauritanie (UNFM). Ce, en vue d’organiser les femmes mauritaniennes et de les conscientiser sur leurs droits, leurs devoirs, leurs forces, etc.
Consciente que, comme le disait Michelle OBAMA, c’est par le biais du pouvoir qu’on peut opérer à des changements dans une société, elle adhère au Parti du peuple mauritanien (PPM), unique parti durant cette période en Mauritanie. Elle y milite activement au sein du Conseil Supérieur des Jeunes et des Femmes (1971- 1978), puis devint plus tard, la Présidente du Conseil supérieur des Femmes.
Éducatrice, elle créée la première revue féminine en Mauritanie, dénommée "Mariémou". Elle y mène l’information et la sensibilisation en vue de l‘émancipation de la femme mauritanienne.
Cet engagement social attirera l’attention des politiciens de son pays sur cette active militante politique et lui vaudra la nomination au poste de ministre de la Protection de la Famille et des Affaires sociales. Poste qu’elle occupera de 1975 à 1978, date du coup d’État militaire contre le régime du Président Ahmed Ould Daddah. Malgré la courte durée de son pouvoir politique, Aïssata KANE arriva à apporter des améliorations significatives à la condition des femmes mauritaniennes et à celles de leurs enfants. En effet, elle fit décréter une loi qui interdit la répudiation et oblige le mari à verser une pension en cas de ce genre de brutal divorce. Aussi, elle donna aux femmes le droit aux congés de maternité, de recevoir elles-mêmes les indemnités familiales et établit le principe du "à travail égal, salaire égal entre les hommes et les femmes". Mais, sa plus grande réalisation fut l’éveil des consciences mauritaniennes, surtout celles des femmes.
Femme de convictions, la perte du pouvoir politique par le coup d’État militaire ne l’arrêtera point. Bien au contraire, elle se jeta à bras le corps dans des activités au profit de la société civile, plus particulièrement en faveur des femmes, de l’évolution des mentalités et du mieux-être des enfants.
Mais, l’éducation des enfants, surtout celle des filles a toujours été au cœur de ses préoccupations. Déjà en 1976, elle dénonçait qu’en seize (16) ans d’indépendance, la Mauritanie n’ait formée que seize (16) filles qui ont atteint le niveau du baccalauréat dont quelques unes ont pu aller à l’Université. Elle exprima le vœu qu’il y en ait beaucoup plus dans les années à venir. Quand elle était ministre, pour favoriser l’envoi des enfants, surtout des filles à l’école, elle avait conditionné l’appui financier du gouvernement à leur scolarisation. Pour bénéficier des allocations familiales, les parent-e-s devaient présenter le certificat de scolarité de leurs enfants. Cela aurait accru le taux de scolarité en Mauritanie. Elle continua de revendiquer l’accès des femmes aux instances de décision tel que le Conseil des ministres où elle fut l’unique femme à siéger durant des années. « Il y a bien d’autres femmes aussi capable que moi », répétait-elle à ses collègues députés et ministres. Ce qui dénote de sa conscience politique aigue, de son féminisme assumée et de sa grande générosité, mentionnées par tous et toutes.
La vie de Kadia KANE se confond quasiment avec l’évolution de la femme mauritanienne. De 1960 à son décès (2019), elle n’a fait qu’agir dans le sens de l’émancipation de celle-ci. Elle étend aussi son action sur la scène mondiale et participe aux grandes rencontres internationales (Conférences de Copenhague en 1979, de Nairobi en 1985, le Sommet de la Terre à Rio de Janeiro en 1972, etc.) Elle fonde ou cofonde ainsi plusieurs organisations dans lesquelles elle était toujours Leader. Elle fut ainsi :
Membre fondatrice de l’Union nationale des Femmes de la Mauritanie ;
Présidente de l’Association mauritanienne de la protection de l’enfance ;
Consultante internationale des agences des Nations Unies ;
Présidente de l’Union internationale des organismes familiaux ;
Présidente de l’organisation Panafricaine de la Famille ;
Présidente de l’Association internationale des femmes francophones (AIFF) ;
Présidente de l’Association mauritanienne pour la protection de l’environnement.

De par ces implications, elle reçut plusieurs distinctions à travers le monde. En effet,
en 1974, elle reçut en Chine une distinction des mains de Mao Tsé Toung ;
En 1975, le Chevalier du Mérite national en MAURITANIE ;
En 1996, l’Officier de la Légion d’honneur en FRANCE ;
En 2001, le Prix Hisham Al Alaoui au MAROC ;
En 2018, le Prix de la Femme Africaine Prisonnière de l’Union Africaine réunie en Mauritanie.
Militante politique, féministe et écologiste/environnementaliste, madame KADIA Mame Djack KANE ou Aïssata Racky Mamadou WANE a été de tous les combats en Mauritanie et sur la planète Terre. Combattante pour l’émancipation de la femme mauritanienne, pour l’autonomisation des Africaines, pour la sauvegarde mondiale de l’environnement, elle a également œuvré par l’exemple pour l’unité nationale. Semble t-il que : "La maison de Kadia Kane est une Mauritanie en miniature".

Icône nationale, elle a eu des funérailles quasi nationales où personnalités politiques (Premier ministre, ministres, députés, etc.) et chefs religieux de différentes confréries côtoyaient les représentants de plusieurs organisations de la société civile ainsi que le grand public. De même, toutes les composantes de la société mauritanienne (Hal Pulaar, Soninké, Wolof, Maures, Bambaras et étrangers) étaient présentes à ses funérailles. Chacun-e- exprimait la peine d’avoir perdu personnellement un être cher.
Aussi, de nombreux hommages lui ont été rendus (Commission Nationale des Femmes, membres du Gouvernement, membres d’organisations de la société civile, populations de Dar El Barka et autres contrées du Fouta, journalistes et médias tels que Dao FM Canada, …). Mais, le meilleur hommage à lui rendre sera d’œuvrer conformément à son idéal à la réconciliation et à l’unité nationale de la Mauritanie.
Quand elle sut que son flambeau a été repris par une des filles de la Mauritanie, Docteure KANE Nene Oumou Deffa nommée, Ministre des Affaires sociales comme elle, il y a 45 ans (1975), elle rendit son dernier souffle et pris son envol pour l’éternité.

Mission accomplie, Grande Royale, Dame Aissata KANE ! Repose en Paix !

Docteure LY-Tall Aoua Bocar
Chercheure associée à l’Institut d’Études des Femmes de l’Université d’Ottawa, CANADA
Sociologue, Auteure, Consultante et Conférencière internationale, QUÉBEC
Présidente-Fondatrice de DiaFéMa _Diaspora Féminine Africaine au Québec/Canada
E-mail : aouab_ly.tall@ymail.com ; Site Web : http://www.femenvie.org
BIO : https://www.africanishstyle.ca/aoua-bocar-ly-tall---fr---real-gainde.php





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