« Nous avons une justice à deux poids deux mesures », déclare Ould Djojo le mari de la député Marième Cheikh

Arrestation des députées Marième Mint Cheikh et Ghamou Mint Achour

MARIEME ET SON BEBE

Suite à l’arrestation de la députée Marième Mint Cheikh, dans la nuit du vendredi 10 avril 2026 avec son bébé de 3 mois, son mari, Ould Djojo a diffusé une vidéo dans laquelle, il déclare s’être présenté à la Cybercriminalité pour s’enquérir de la situation de son épouse et de son enfant. Selon lui, il a été empêché de les rencontrer, bien que le bébé devrait prendre ses médicaments qui lui sont prescrits avec usage quotidien. Promesse lui aurait été donnée qu’il pourra être informé plus tard de leur état.

Les deux députées interpellées :  Marième Mint Cheikh (à gauche) et Ghamou Mint Achour

Lorsqu’il est revenu pour les mêmes doléances, on lui aurait fait comprendre que son épouse et son enfant ne sont pas à la Cybercriminalité et qu’ils n’y ont jamais mis pieds. Pourtant, il déclare reconnaître la voiture de police stationnée devant le commissariat et qui apparaît dans son Live. « C’est cette voiture qui les a amenés » a-t-il affirmé, soulignant que dans ce cadre il considère que Marième et son bébé ont été enlevés et séquestrés, mais non détenus comme il est d’usage dans une structure de la police.

Ce que l’avocat Ould Zerough a qualifié de situation grave, dans la mesure où la Sûreté Nationale et la Cybercriminalité ont affirmé n’avoir pas procédé à l’arrestation de la députée et de son bébé.

Ould Djojo a dénoncé à ce sujet ce qu’il considère être comme un traitement inégal des citoyens devant la loi. Il a rappelé le cas d’esclavage survenu à Aïn Varba où un homme et sa fille ont été inculqués par la justice. Condamnée, la fille n’a pas été incarcérée parce qu’elle avait un bébé, selon les magistrats. Il a aussi évoqué le cas le plus récent de la femme qui a été interpellée pour propos injurieux contre le gouvernement et qui a été libérée au bout de quelques heures. Des propos qu’il juge aussi offensant que ceux prononcés par Marième Mint Cheikh et Warda Mint Souleymane, une militante emprisonnée depuis plusieurs mois pour les mêmes motifs.

Réactions

Dans un posting, le député Birame Dah Abeid, président de l’ONG antiesclavagiste IRA à laquelle est affiliée Marième Mint Cheikh parle de « traque contre les militants antiesclavagistes, lanceuses et lanceurs d’alerte, issus des populations mauritaniennes autochtones victimes d’esclavage : les harratines ».

Il a précisé à ce propos que « la députée abolitionniste Marième Mint Cheikh a été kidnappée par la police politique mauritanienne avec son bébé de trois mois, en pleine nuit, chez elle au Sud de Nouakchott ».

Dans un communiqué diffusé par la suite, le mouvement IRA rappelle que Marième Mint Cheikh a été arrêtée en dehors des heures légales de service et qu’elle est couverte par l’immunité parlementaire. 

Plusieurs groupes de l’opposition parlementaires ont condamné cette arrestation et exigé la libération de la députée.

De son côté, le parti au pouvoir INSAF a condamné les propos attribués à Marième Mint Cheikh, soulignant que ces propos diffusés sur les réseaux sociaux comportent des éléments « grossiers et graves » en contradiction avec les valeurs sociales et les principes islamiques du pays.
 

Version du Parquet

Dans un communiqué largement diffusé, le Parquet général de la République affirme que la député Marième Mint Cheikh, arrêtée la nuit du vendredi 10 avril 2026, puis rejointe par sa camarade, la député Ghamou Mint Achour, arrêtée quelques heures plus tard, ont été interpellées en situation de « flagrant délit » à travers des propos jugés injurieux diffusés sur les réseaux sociaux envers le Président de la République et le gouvernement. Elles tombent ainsi toutes les deux sous la coupe de la scélérate loi dite des « Symboles ».

Selon le parquet, « le flagrant délit » permet d’interpeller n’importe quel citoyen, même s’il est couvert par une immunité.  Mais selon un avocat, le flagrant délit ne peut pas s’appliquer contre un parlementaire en cas d’infraction immatérielle. Un autre affirme que « l’arrestation ou la poursuite d’un membre du parlement en dehors du cadre strict fixé par l’article 50 est une violation flagrante de la Constitution ».

Il faut rappeler qu’une dizaine de militants d’IRA sont aujourd’hui incarcérés dans une traque engagée depuis quelques années par le régime de Ghazouani contre le député et opposant Birame Dah Abeid et ses partisans, à l’heure où le dialogue national initié par le pouvoir en place est en panne sèche.

Cheikh Aïdara

 

 

Communiqué

Enlèvement de l’honorable députée Mariem mint Cheikh

IRA Mauritanie condamne avec la plus grande fermeté et une profonde indignation l’enlèvement de l’honorable députée abolitionniste Mariem mint Cheikh, figure engagée de la lutte pour les droits humains et la dignité des populations autochtones, d’ascendance africaine, historiquement esclavagisées. La députée a été cueillie de son domicile dans la banlieue sud de Nouakchott, à 22h35mn, tout en dehors de l’heure légale dans la nuit du 9 au 10 avril 2026. Son bébé de trois mois a été emmené avec elle dans son nouveau cachot de détention. Cet acte grave a été commis par des éléments lourdement armés et encagoulés, agissant au nom de la police politique du général-Dictateur Mohamed Ghazouani. L’enlèvement de Mariem et son enfant, intervient dans un climat marqué par l’essor des relations diplomatiques et économiques entre l’Union Européenne et le régime de la dictature raciste et esclavagiste de Ghazouani. Cet essor est concomitant à la forte recrudescence des violences policières et atteintes en règle aux libertés publiques visant les voix abolitionnistes et les défenseurs des droits humains.

Cet enlèvement intervient immédiatement après un live Facebook au cours duquel la députée avait dénoncé avec courage et responsabilité les discriminations systémiques et les violations des droits humains subies par les militants des droits de l’homme et les acteurs abolitionnistes issus de la communauté Haratine, historiquement victimes d’esclavage et de marginalisation. Elle y avait également dénoncé le traitement dégradant et les conditions de détention des femmes détenues issues de la communauté Haratine, citant notamment le cas de la journaliste abolitionniste Warda Ahmed Souleymane, enceinte, malade et incarcérée sous un très sévère régime carcéral. Les cas des deux lanceuses d’alerte, Lalla Vatma et Rachida Saleck, la première malade de rhumatisme et hypertension et toutes les deux sévèrement incarcérées et diabolisées par une campagne de presse officielle pour avoir alerté les défenseurs sur le calvaire d’une fillette noire (haratine), âgée de 11 années, détenue et exploitée comme esclave par une famille arabe.

IRA Mauritanie rappelle que Mariem mint Cheikh bénéficie de l’immunité parlementaire, garantie par les principes constitutionnels régissant la fonction de député, ce qui rend tout acte de privation de liberté à son encontre, en dehors de toute procédure régulière et transparente, particulièrement grave et attentatoire à l’État de droit.

IRA Mauritanie dénonce une traque systématique des militantes et militants anti-esclavagistes, des lanceuses et lanceurs d’alerte, ainsi que des représentants des populations affectées par l’héritage de l’esclavage.

IRA informe l’opinion nationale et internationale que la ségrégation raciale, sociale et linguistique, est une donne fondamentale et désormais décomplexée en Mauritanie ; nous avons recensé un grand nombre de cas impliquant des femmes appartenant aux groupes dominants, reconnues coupables de crimes liés à l’esclavage ou à l’exploitation de mineures et condamnées à des peines de prison ferme, sans qu’elles soient pour autant incarcérées; les juges tribaux, suprématistes et négrophobes, refusent d’appliquer les peines prévues pour l’esclavage sur les femmes et les hommes de la communauté arabo-Sanhaja. Mais paradoxalement ils envoient les militantes et militants anti-esclavagistes en prison, avec une facilité et un bâclage déconcertant, tout en durcissant leur régime carcéral.

Face à cette situation extrêmement grave, IRA Mauritanie :

* exige la révélation immédiate du lieu de détention de la députée Mariem mint Cheikh et de son bébé de trois mois ;

* exige leur libération immédiate et sans condition, conformément à la légalité et au respect de l’immunité parlementaire ;

* appelle à l’ouverture d’une enquête indépendante, crédible et transparente sur les circonstances de cet enlèvement ;

* saisit l’opinion publique nationale et internationale sur la gravité de ces pratiques discriminatoires et ségrégationnistes qui frappent la majorité des citoyens mauritaniens victimes de mépris, d’exclusion et d’esclavage.

IRA Mauritanie tient les autorités compétentes pleinement responsables de l’intégrité physique et morale de la députée Mariem mint Cheikh et de son nourrisson.

Nouakchott, le 10 avril 2026

IRA Mauritanie

 

Le parquet a annoncé l’ouverture d’une enquête à l’encontre de deux députées

 

Le parquet a annoncé l’ouverture d’une enquête et l’engagement de poursuites à l’encontre de deux députées, à la suite de la diffusion en direct, sur les réseaux sociaux, de propos et d’actes susceptibles de constituer des infractions pénales.

Dans un communiqué, le ministère public précise que les faits ont été commis publiquement dans le cadre d’un direct, caractérisant ainsi une situation de flagrant délit au sens de la loi. Une telle situation entraîne des conséquences juridiques immédiates et autorise le parquet à engager sans délai les procédures nécessaires.

Le parquet souligne que l’état de flagrance constitue une exception explicite au principe de l’immunité parlementaire, conformément aux dispositions de l’article 50 de la Constitution mauritanienne et de l’article 85 du règlement intérieur de l’Assemblée nationale.

Sur cette base, il a été décidé d’ouvrir une enquête et d’engager des poursuites judiciaires contre les intéressées.

Le ministère public rappelle, par ailleurs, que l’application de la loi demeure un principe fondamental qui ne saurait souffrir d’exception en dehors des cas prévus par les textes. Tout acte répréhensible est ainsi passible de poursuites, indépendamment du statut de son auteur et des circonstances dans lesquelles il a été commis.

Enfin, le parquet réaffirme son engagement à exercer ses missions avec rigueur et constance, dans le but de garantir l’État de droit, de protéger la société, de préserver les institutions et de défendre les droits et l’honneur des citoyens.