"Ce gouvernement doit partir" Dixit Birame Dah Abeid

Birame demande la démission du gouvernement

Biram

La visite du chef de l’Etat sur les sites de la Somelec(la société mauritanienne de distribution de l’électricité) que consument les incendies, et l'annonce d'une enquête, ne peuvent suffire. Une crise de cette ampleur exige plus que des discours et les Mauritaniens ne peuvent se contenter d’annonces incantatoires.

À défaut d'indemniser les citoyens, les commerçants et les PME pour les pertes et les dommages subis, le gouvernement doit au moins prendre une mesure immédiate et significative de compensation. Nous exigeons une réduction exceptionnelle de 70 % des factures d'électricité des deux mois concernés pour les usagers des zones affectées. Ce geste est le minimum que l'État puisse faire pour reconnaître les préjudices subis et compenser, autant que possible, les pertes causées par cette défaillance majeure du service public.

En deux jours, deux infrastructures électriques stratégiques de Nouakchott ont pris feu. Six communes sur les neuf que compte la capitale se sont retrouvées privées d'électricité pendant des jours, en pleine période de fortes chaleurs. Hôpitaux, pharmacies, commerces, PME, ménages : rien n'a été épargné par cette crise sans précédent. Elle a perturbé les soins, menacé la conservation des médicaments et des denrées alimentaires, causé aux citoyens et aux entreprises des pertes considérables, dont certaines irréversibles, sur la santé des populations comme sur l'activité des petits commerçants. Et face à cela, un gouvernement incapable de rétablir rapidement le service, contraint de recourir à des compétences extérieures.

Pendant que les centrales de la capitale brûlaient, le parti au pouvoir sillonnait le pays pour vendre le bilan de sept années et préparer un troisième mandat, en violation de la Constitution. Le pouvoir peut contrôler le récit, mais il ne peut contrôler la réalité. Et la triste réalité du pays rattrape le discours d'autosatisfaction, révélant le caractère illusoire de ces prétendues réalisations. Elle montre surtout l'écart abyssal entre le discours officiel, bouffi d'autosatisfaction, et le vécu quotidien des Mauritaniens, fait de souffrance et de privation.

Cette crise n'a malheureusement rien de surprenant. Depuis son arrivée au pouvoir, le Président s'est largement entouré des mêmes élites qui ont participé à la gestion désastreuse du pays pendant la dernière décennie, sans jamais produire le développement promis aux Mauritaniens. Les mêmes hommes, les mêmes méthodes, les mêmes réseaux produisent les mêmes résultats. On ne demande pas à ceux qui ont échoué hier de réussir aujourd'hui. Seul le président semble ignorer cette constance.

Le problème est aussi celui d'une politique fiscale agressive, d'un gouvernement qui a érigé en credo la collecte des recettes et la multiplication des prélèvements, au point d'oublier l'exigence de qualité des services publics. Il demande toujours davantage aux citoyens et aux entreprises, sans contrepartie. Il prélève comme un État fort et sert comme un État défaillant. À quoi bon multiplier impôts et taxes si, en retour, le gouvernement est incapable de garantir les services essentiels qu'il doit à la population ?

Cette crise révèle aussi les limites d'une gouvernance fondée sur la propagande, les annonces et la pose de premières pierres sans lendemain, plutôt que sur les résultats, le suivi, l'évaluation et la qualité réelle des réalisations. Une infrastructure publique ne se juge pas au ruban coupé devant les caméras, mais à sa capacité à fonctionner lorsque les caméras sont éteintes.

L'échec est aussi celui de la SOMELEC. Son incapacité à rétablir rapidement le service révèle de graves faiblesses en matière d'expertise technique, de compétences, de formation du personnel, de maintenance et de capacité d'intervention. Une entreprise chargée d'un service aussi stratégique doit savoir anticiper les risques et disposer des compétences nécessaires pour réagir immédiatement lorsqu'une infrastructure critique tombe en panne.

Comment expliquer que la SOMELEC ne se ravitaille pas directement auprès des fabricants, et doive passer par des intermédiaires dépourvus de toute capacité technique ? Des équipements stratégiques continuent d'être acquis par l'intermédiaire de samsara, dont la proximité avec les réseaux du pouvoir compterait davantage que l'expertise, la compétence et l'expérience industrielle. La généralisation de l'intermédiation opaque dans les marchés publics est une marque de fabrique de ce gouvernement.

Plus grave encore, le recours du gouvernement à l'expertise et à l'assistance de pays voisins révèle l'ampleur de l'improvisation. Qu'un gouvernement doive faire appel à l'aide extérieure pour affronter une crise de cette nature en dit long sur la fragilité de sa propre capacité technique et institutionnelle, comme si le pays avait été frappé d'un tremblement de terre exigeant la solidarité internationale. Le moindre incident met à l'épreuve l'autonomie de ce gouvernement, sa réactivité, sa capacité d'anticipation et de prévision.

Les Mauritaniens sont désabusés, las de sept ans de léthargie et d'improvisation. Ils n'attendent rien des résultats de l'enquête annoncée, car ils savent qu'elle sera à l'image de toutes celles qui l'ont précédée, complaisante et enterrée. Elle sera tout sauf indépendante et ne pourra remonter toute la chaîne : dimensionnement des besoins, spécifications, marché public, fournisseur, éventuels intermédiaires, prix, conformité du matériel, contrôle, réception, installation et maintenance. Elle ne déterminera pas si les deux incendies ont une cause commune, ni si les équipements livrés correspondent réellement à ceux qui ont été commandés et payés.

Depuis longtemps, tout le monde demande que la SOMELEC fasse l'objet d'un audit complet et d'une réforme profonde, portant sur sa gouvernance, ses compétences, ses ressources humaines, sa formation, sa maintenance, ses procédures d'achat et sa capacité d'anticipation et d'intervention.

Mais la responsabilité dans cette crise grave ne peut pas être renvoyée uniquement à la SOMELEC, car le gouvernement est responsable de la politique énergétique, de la gouvernance des entreprises publiques, de la qualité des marchés publics et de la protection de l'argent des contribuables.

Un gouvernement qui exige toujours davantage des citoyens et des entreprises tout en leur fournissant des services défaillants ; qui privilégie la communication sur les résultats ; qui laisse prospérer l'intermédiation opaque dans les marchés publics ; qui laisse une crise priver six communes de la capitale d'un service aussi essentiel que l'électricité, au point que l'État doive solliciter l'aide de pays voisins, ce gouvernement est face à une faillite retentissante.

Nous exigeons donc la démission du gouvernement. La Mauritanie a besoin d'un gouvernement compétent et présent, d'entreprises publiques performantes, de marchés publics transparents, de services publics de qualité et de responsables qui rendent des comptes, pas d'un gouvernement qui vend des chimères.

Ce gouvernement doit partir.

Birame Dah Abeid le 25 août 2026