Campagne pour le 3ème mandat, un appel anticonstitutionnel qui se heure à des barrières constitutionnelles
Pour contrer la campagne pour le 3ème mandat
- Publié par Aidara cheikh --
- Friday, 21 Aug, 2026
En Mauritanie, la campagne pour un éventuel 3e mandat du président Ghazouani bat son plein, mais ses chances de succès restent faibles, principalement en raison d’un verrou constitutionnel quasi infranchissable. Cependant, ce débat est devenu un puissant levier politique pour la majorité comme pour l’opposition.
Les obstacles majeurs à un 3e mandat
La Constitution mauritanienne limite strictement le nombre de mandats présidentiels à deux. L’article qui limite la réélection fait partie des « dispositions intangibles » de la Loi fondamentale. Elle ne peut donc pas être révisée par la procédure parlementaire ordinaire ; toute modification nécessiterait un référendum périlleux, voire une refonte totale, ce qui est politiquement très risqué.
Par ailleurs, Ghazouani ne s’est jamais prononcé publiquement en faveur d’un 3e mandat et a même laissé entendre qu’il n’y était pas favorable. De son côté, son parti, El Insafa toujours démenti officiellement tout projet en ce sens.
Tester le terrain, la stratégie des partisans
Face au blocage juridique, les soutiens du président ne parlaient pas ouvertement il y a quelqyes temps de « 3e mandat », et n’évoquaient que des « aménagements » à apporter a la loi fondamentale, tels que porter le mandat actuel de 5 à 6 ans ou d’allonger la durée de la transition. Aujourd’hui, ils font tomber le masque et parlent ouvertement de ce 3ème mandat, en suggérant un référendum sur une réforme globale qui inclurait discrètement la question de la réélection, afin de noyer le poisson.
La riposte attendue de l’opposition
Pour faire face à cette campagne pour le 3ème mandat, l’opposition, bien que fragmentée, dispose de plusieurs leviers pour contrer cette offensive. La Coalition de l’opposition démocratique a déjà annoncé qu’elle ne participerait à aucun dialogue incluant la révision de la limitation des mandats, qualifiant toute tentative de « coup de force» d’anticonstitutionnel. Elle accuse la majorité d’utiliser ce sujet polémique pour masquer les échecs économiques (vie chère, chômage, pénuries). Sa stratégie est donc de ramener le débat sur le terrain social, où le régime est vulnérable.
L’opposition doit réagir avec vigueur contre cette campagne malsaine qui menace l’un des acquis le plus important de la démocratie mauritanienne. Elle doit mobiliser la rue, organiser des conférences de presse, des rassemblements et des campagnes sur les réseaux sociaux pour défendre l’héritage constitutionnel et alerter sur les risques de dérive autoritaire.
Toutefois, certains leaders modérés estiment qu’il ne faut pas faire de ce sujet l’unique combat politique. Ils privilégient une stratégie plus large, comme par exemple, concentrer leurs forces sur les élections législatives et locales à venir, afin de contester le pouvoir sur son terrain institutionnel, tout en gardant cette question comme une épée de Damoclès pour discréditer le régime en cas de tentative.
En définitive, la probabilité d’une réussite juridique de ce 3e mandat est très faible à court terme, mais le simple fait d’agiter cette hypothèse permet au pouvoir de tester ses soutiens et de diviser l’opposition. Pour celle-ci, le défi est de rester unie, de ne pas se faire piéger par une polémique stérile, et de capitaliser sur le mécontentement populaire pour transformer cette bataille constitutionnelle en un référendum implicite contre la gestion du
