Le discours présidentiel à l’épreuve de la construction nationale/El Wely Sidi Heiba
L’État ne peut plus accepter que les solidarités étroites se substituent à la citoyenneté inclusive,
- Publié par Mom --
- Monday, 16 Feb, 2026
L’État ne peut plus accepter que les solidarités étroites se substituent à la citoyenneté inclusive, ni que les calculs régionalistes l’emportent sur les critères de compétence et de mérite.
Il ne fait aucun doute que les récentes visites de terrain du Président de la République, Monsieur Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani, ont dépassé le simple cadre de tournées d’inspection ponctuelles pour devenir des étapes fondamentales dans la quête d’un nouveau contrat social entre l’État et le citoyen. Ces visites ont reflété une conscience croissante des enjeux nationaux, une maturité notable dans le discours, une élévation dans l’approche et une fermeté dans le traitement des questions. Mais surtout, elles ont révélé un tournant stratégique visant à transformer le succès sécuritaire sur le terrain en capital politique investi dans le renforcement de la stabilité institutionnelle.
L’environnement sécurisé qui a été obtenu, grâce à des efforts soutenus et à une sagesse clairvoyante, n’est plus une fin en soi ; il constitue désormais une plateforme de lancement pour un projet de développement ambitieux. C’est là que se révèle la profondeur de la démarche politique, fondée sur une approche intégrée ayant compris que la sécurité sans développement mène à la stagnation, et que le développement sans sécurité devient illusoire. Le leadership a compris que la véritable victoire sur les défis ne s’achève qu’en «construisant ce qui a été affranchi des menaces», c’est-à-dire en transformant un territoire stabilisé en chantiers permanents et en diffusant chez le citoyen le sentiment que la stabilité sécuritaire renforce sa dignité économique.
Sur le plan politique, notamment en ce qui concerne la Constitution et les éventuelles modifications qui pourraient y être apportées, le Président de la République a adopté un discours mesuré et précis, marqué par la clarté et le respect des références constitutionnelles et juridiques. Cette orientation politique avisée a permis de transformer un dossier susceptible de générer des tensions en un instrument de consolidation du consensus national. Elle a contribué à dissiper de nombreuses ambiguïtés, mettant à mal les opposants habitués à exploiter le flou pour susciter la controverse, tout en rassurant de larges segments de l’opinion publique qui ont perçu la détermination de l’État à maîtriser le rythme politique au service des priorités majeures.
Dans ce contexte, le discours équilibré, combinant fermeté et ouverture, reflète une orientation politique visant à ancrer la stabilité à travers un nouvel esprit institutionnel. Il s’agit d’un projet national qui redéfinit la relation entre gouvernants et gouvernés, non pas sur la base de promesses saisonnières, mais sur celle d’un partenariat dans l’accroissement des responsabilités et le partage des fruits de la stabilité.
Au cœur de cette ambition de construction de l’État et de consolidation de la stabilité, un autre aspect crucial de l’équilibre national émerge à savoir la rupture avec la logique des discours factionnels étroits. Le rejet catégorique et déclaré de toute forme de discours tribal, ethnique, régionaliste ou corporatiste constitue l’un des fondements essentiels de cette nouvelle phase. Après avoir affirmé son autorité et repris l’initiative sécuritaire, l’État ne peut plus accepter que les solidarités étroites se substituent à la citoyenneté inclusive, ni que les calculs régionalistes l’emportent sur les critères de compétence et de mérite.
Cette orientation ne se limite pas à un discours politique ; elle se traduit par des positions concrètes et un avertissement explicite adressé aux corrompus. Il est désormais clair que le projet de construction de l’État ne repose ni sur des quotas ni sur des compromis opportunistes, mais sur la primauté du droit et la rigueur du contrôle. L’avertissement présidentiel à l’égard de toute personne tentée de détourner les fonds publics ou d’abuser de son pouvoir ne relève pas d’une réaction ponctuelle, mais d’une stratégie constante visant à protéger la transformation majeure souhaitée contre toute tentative d’infiltration. La corruption administrative et financière n’est plus considérée comme un simple délit, mais perçue comme un danger existentiel menaçant le projet de développement et risquant de reproduire les inégalités que l’État s’efforce d’éradiquer.
Ce qui distingue cette phase est cette volonté affirmée de passer de la «gestion des crises» à la «construction de l’État». Le succès sécuritaire offre désormais une couverture à des politiques de développement ambitieuses, tandis que l’amélioration des performances en matière de développement renforce l’immunité nationale face aux tentatives de déstabilisation. Ainsi se forme un cercle vertueux : une sécurité qui soutient le développement, un développement qui approfondit la sécurité, et une gouvernance avisée qui gère cette équation avec clairvoyance.
Dès lors, les piliers du projet national s’articulent harmonieusement : une sécurité qui protège les frontières, un développement qui valorise le territoire, un discours politique qui unit les rangs, et un contrôle rigoureux qui assainit l’intérieur. Dans ce cadre, le rejet du factionnalisme et la lutte contre la corruption apparaissent comme les deux faces d’une même médaille. Toutes deux visent à consacrer le principe d’une citoyenneté égalitaire, qui ne distingue pas entre les citoyens selon leur région ou leur appartenance, mais évalue la valeur à l’aune de la contribution et du respect de la loi, plaçant le développement global et la sécurité durable au premier rang des priorités, en tant que fondements essentiels de tout projet national réussi.
