Festival de Goural de la Race Bovine, des traditions et économies pastorales Festival des Traditions et Economies Pastorales de Goural, une 4ème édition sous le sceau de l’entreprenariat rural
Friday, 16 Jan 2026 19:00 pm

L'Authentique

Les rideaux sont tombés sur la 4ème édition du Festival des Traditions et Economies Pastorales de Goural, porté par le Musée de la race bovine. L’évènement s’est déroulé du 16 au 17 janvier 2026 sous le thème relatif à l’entreprenariat rural et les innovations pastorales.

Goural est un village peulh situé à 5 Kilomètres d’Aleg, capitale du Brakna, dans une des zones historiques du Lac d’Aleg, connue pour ses intenses activités d’élevage de bovins et de camélins. C’est surtout une zone de brassage entre les différentes communautés de la région.

C’est sur cette terre de prédilection des nomades d’antan, sédentarisés par la force des aléas climatiques, que se tient depuis plusieurs années un festival culturel qui célèbre la vache et par-delà, le vivre ensemble et la cohésion sociale.

Initié par un groupe de personnalités issues de Goural, poussées par l’amour de cette patrie, sous l’impulsion de Bâ Adama Demba, cadre au Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), que le Festival des Traditions et Economies Pastorales a célébré du 16 au 17 janvier 2026 sa 4ème édition, réunissant populations venues de différents départements du Brakna et bien au-delà, Nouakchott, Zouerate, Nouadhibou, Gorgol, Guidimagha, Tagant et Sénégal, entre autres.

Sous le sceau des autorités régionales

L’ouverture officielle du festival, vendredi 16 janvier 2026, a été marquée par le discours du Conseiller du Ministre de la Culture, Mohamed Ali Ould Abbadi qui a mis en exergue l’importance du festival dans la mémoire collective et historique des traditions ancestrales, mais surtout son impact sur le développement économique et social sur le plan local, rappelant au passage l’intérêt que le Président de la République, Mohamed Cheikh Ould Ghazouani attache à ce genre d’initiatives.

Plusieurs intervenants l’avaient précédé, notamment Bâ Adama Demba, Coordinateur du festival et son initiateur qui a évoqué l’idée d’une régionalisation du festival, le maire d’Aleg, Sid’Ahmed Ould Bouh pour le mot de bienvenue, ensuite, le Représentant du Réseau national des musées privés.

Ces discours ont été présentés en présence du préfet d’Aleg et du représentant du Wali du Brakna.

Dans l’assistance, figuraient certaines personnalités bien connues, à l’image de Kane Hadiya, ancien Président de l’Office national des Musées de Mauritanie, aujourd’hui à la tête de son conseil d’administration, Bâ Ousmane, Directeur Général de Maaden Mauritania, et plusieurs élus de la région, notables et chefs coutumiers. Mais surtout, un public relativement jeune, avec plusieurs femmes habillées selon la pure tradition peulh.

La délégation officielle et les invités de marque ont visité par la suite le chantier du futur musée de la race bovine avant de se promener dans la salle actuelle qui accueille les objets et ustensiles rattachés à la vie nomade peulh.

Des conférences sur le vivre-ensemble, l’histoire et l’entreprenariat rural

Le samedi 17 janvier 2026, deuxième journée du festival, s’est ouvert sur une suite d’exposés et d’interventions, servis par un panel d’experts et de personnalités forgées par l’expérience.

Alternant entre Pulaar et Arabe classique, les intervenants ont tantôt abordé les aspects historiques du Brakna, du brassage multiséculaire entre ses différentes composantes, maures Brakni, Halaybés et Foulanis. Ayant sillonné ensemble les étendues de ce vaste territoire à la recherche de pâturage lorsque le nomadisme fut le mode de vie le plus en vogue, ce même mixage a continué dans la vie sédentaire, en voisins liés par une mémoire collective commune et une fraternité tissée par l’Islam et le rite malékite.

C’est le point de vue développé par Habibouna Ould Haiballa, qui trouve en cela, le secret autour du choix d’Aleg pour la constitution de la République Islamique de Mauritanie en 1958.

Son homologue, Al Mourtada Ould Mohamed Echfagh, a abondé dans le même sens, évoquant des vers du célèbre poète Ould Mekiyine, quand il déclama un quatrain dans lequel il faisait ressortir les liens inextricables qui lient les Bidhanes et les Halaybé de Boghé.

Dr. Kane Hadiya dont le nom est devenu intimement lié au Musée et son doyen d’homonyme, un expert des questions rurales, membre éminent de la société civile, s’exprimèrent en Peulh, s’adressant à un public largement majoritaire pour traduire l’importance de la tradition, avec forces anecdotes sur les relations entre le Peulh et la vache, un lien empreint de spiritualité, comme le fera remarquer l’anthropologue et professeur de musique, Dr. Aboubakry Sow.

L’entreprenariat en milieu rural

Deux jeunes diplômés, Bâ Ibrahima, Consultant en gestion intégrée en milieu marin et côtier, et son ami, Moussa Bâ, PDG de RIM Poulet, lauréat au niveau national et promu au Togo, meilleur jeune entrepreneur en Afrique de l’Ouest, ont livré leurs expériences.

Ils ont exhorté les jeunes ruraux à se former et à se saisir des opportunités offertes par des structures, comme l’Agence Techghil, qui dispensent des financements en faveur des jeunes entrepreneurs qui ont des projets bien ficelés. « Vous avez de l’eau, des terres arables et de la force, alors lancez-vous ! » ont-ils déclaré à l’intention des nombreux jeunes présents dans le chapiteau, dont plusieurs diplômés-chômeurs.

Des livres en Pulaar

La conférence a été suivie par la distribution de certificats à plusieurs élèves qui suivent l’enseignement scolaire en langue Pulaar, certains en 2ème année et d’autres en 5ème année. D’ailleurs, plusieurs livres de lecture, de calculs, de géométries et de grammaire Pulaar étaient exposés sur une table près des panélistes.

Plusieurs curieux se sont dirigés vers l’étalage de livres flambants neufs et reçu de la part du responsable de l’exposition, Amadou Doulo Sow, enseignant et coordinateur de l’enseignement Pulaar, des explications sur l’avancée de l’enseignement du Pulaar dans certaines écoles expérimentales à Nouakchott et à l’intérieur du pays.

L’apport des coopératives féminines

Le festival de Goural a permis à plusieurs femmes venues notamment de Goural, de Boghé et de Bababé, l’occasion de présenter leurs produits et d’en vendre plusieurs.

Parmi les coopératives présentes, celle de Aéré Haré, 18 kilomètres de Boghé. Présidée par Aïssata Djiby Wagne, la coopérative créée en 2010 regroupe 22 femmes actives dans la transformation du lait. Il en va de même pour la coopérative Beri Ourdé de Bababé créé en 2018 et présidée par Binta Abdoulaye Bâ. Ces deux coopératives ont reçu l’aide de l’ONG AMAD qui leur a offert des mini-laiteries. Elles produisent en moyenne entre 30 et 50 litres de lait par jour, emballés en sachets de lait caillé sucré, prisés par les populations, vendus au niveau de leur localité et à Boghé.

A Goural, la coopérative créée en 2018, dirigée par Habsatou Mountaga Bâ, grâce à l’appui de l’ONG AMAD et du Projet PRAPS, s’est spécialisée dans la conservation de produits emballés comme le couscous, la vente de boissons à base de produits locaux, comme le Bissap, le Gingembre, le concombre.

En définitive, le festival de Goural est l’occasion de retrouvailles, d’échanges et de vivre-ensemble, avec un point d’orgue lié au développement socio-économique en milieu rural et un accent sur la promotion et la valorisation de la race bovine.

Cheikh Aïdara
Envoyé Spécial Goural-Aleg