Birame revient sur la menace de mort qui le vise Birame dénonce le double standard de la justice et déplore la non indépendance des contre-pouvoirs
Tuesday, 27 Jan 2026 00:00 am

L'Authentique

Lors d’une conférence de presse animée mardi 27 janvier 2026 à Nouakchott, le député et président de l’Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste (IRA), Birame Dah Abeid a dénoncé le deux poids deux mesures de la justice mauritanienne. Alors que celui qui l’a publiquement menacé de mort reste hors de toute poursuite avec ses complices, des policiers étaient pointés devant le siège où se déroulait la conférence de presse pour arrêter une militante d’IRA, Warda Ahmed Souleymane, blogueuse et activiste des réseaux sociaux. Son tort ? Avoir appelé la population à descendre dans la rue pour revendiquer ses droits.

« Lequel est le plus grave, appeler les populations à réclamer leurs droits, ce qui est démocratique, ou menacer de mort une personnalité politique et député de la République, un crime public ?» s’est demandé Birame.

L’ordre d’arrestation de Warda viendrait directement, selon lui, du président de la Cour Suprême, sous prétexte qu’elle est en liberté conditionnelle. Birame de rappeler que ce même magistrat, en connivence avec le Ministre de l’Intérieur, auteur de sa nomination au poste, seraient responsables de la rupture de confiance entre lui et le président Ghazouani.

Pire, le magistrat en question aurait orchestré, selon lui, via le président de la Chambre administrative de Kiffa, le dénommé Mohamed Mahmoud Ould Said, la dépossession de terres appartenant à des harratines au profit de sa propre tribu, les Tajakanet, leurs anciens maîtres à Boumaiza, près de Doureira, au Hodh Gharbi.

D’après Birame, le président de la Chambre administrative de Kiffa aurait posé cet acte avant son affectation programmé dans le prochain mouvement prévu par le Haut conseil de la Magistrature le 18 janvier prochain. Toujours selon lui, ce magistrat qui a utilisé ses fonctions au profit de sa tribu, mérite d’être limogé comme ce fut le cas du commissaire de police qui vient de l’être à la suite de condoléances au cours desquelles il avait fait l’apologie de la tribu.

Ce rappel de l’inaction de l’Etat face aux menaces de mort qui le vise est la réplique de Birame au Premier ministre Moctar Ould Djay qu’il avait personnellement interpelé sur la question lors la présentation de la Déclaration de Politique Générale de son gouvernement la semaine passée devant le Parlement.

« Quand est-ce qu’une publication d’un acte criminel sur les réseaux sociaux ou dans la presse constitue-t-elle un prétexte pour que l’appareil judiciaire refuse de s’auto-saisir dans une affaire de menace de mort publique, comme l’a déclaré le Premier ministre ? » se demande Birame.

Selon lui, la menace de mort contre sa personne a été diffusée sur Facebook par un individu clairement identifié le 25 décembre 2025. Une heure après la diffusion, il dit en avoir fait part directement au Ministre de la Justice, le chef des parquets, puis au président de l’Assemblée Nationale, alors qu’il se trouvait hors de Nouakchott. A son retour le 28 décembre, il informa ses avocats qui déposèrent une plainte le 29 décembre.

Le 4 janvier 2026, il reçut un appel du ministre de la Justice qui lui demanda s’il avait déposé une plainte, ce que Birame répondit par l’affirmatif. Le ministre lui déclara qu’aucune plainte n’avait été déposée selon le Substitut du Procureur.

Non seulement, au cours de la conférence de presse, Birame a brandi la copie déchargée de la plainte auprès du Parquet, mais il affirma que le dossier a été transmis à la cellule chargée de la cybercriminalité, avec mention « n’arrêtez pas les personnes qui seront identifiées au cours de votre enquête ».

Et Birame de rire, tout en affirmant « pourtant, des policiers sont là devant la porte pour arrêter une simple activiste qui n’a commis comme crime que d’avoir demandé à la population de descendre dans la rue pour réclamer ses droits, alors que le Procureur de la République empêche l’arrestation de criminels ».

Birame Dah Abeid s’en est également pris au Président de l’Assemblée Nationale, Ould Meguet qui n’a pas remué selon lui, le moindre doigt, ni même convoqué le bureau pour examiner ces faits.

Et de rappeler le contrôle total exercé par l’Exécutif sur le Parlement, rappelant que Ould Meguet a toujours livré les députés de l’Assemblée Nationale qui refusent de rejoindre la meute des béni oui-oui, chaque fois que leur tête est réclamée sur commande par l’Exécutif. Et de rappeler son propre cas et celui du député Mohamed Fadel.

Bref, derrière ce drame qui se joue dans une République sensée protégée ses citoyens, les observateurs avertis n’y voient qu’une dangereuse inféodation en Mauritanie des deux contre-pouvoirs que sont le judiciaire et le législatif face à l’Exécutif. 

Cheikh Aïdara