
Des députés de l’opposition mauritanienne ont critiqué les mesures prises par le gouvernement pour faire face aux conséquences de la hausse des prix des carburants, estimant qu’elles reposent essentiellement sur une augmentation des prix et une réduction des subventions, sans proposer de solutions suffisantes pour en atténuer l’impact sur les citoyens.
Le député Yahya Loud a déclaré que l’augmentation des prix de l’essence et du gazole de 10 à 15 %, ainsi que la réduction des subventions sur le gaz domestique, constituent une solution facile mais pénible pour le citoyen.
Il a ajouté que le gouvernement aurait pu envisager de revoir les politiques fiscales élevées sur les carburants au lieu de faire porter la plus grande partie du fardeau au consommateur final.
Le député a souligné qu’une réduction temporaire des taxes aurait contribué à amortir une partie du choc résultant de la hausse mondiale des prix.
Ould Loud a précisé que justifier ces mesures par la baisse des recettes n’était pas suffisant, appelant à un réajustement des priorités financières, au gel temporaire de certains programmes non essentiels, ainsi qu’à une prise en main sérieuse de ce qu’il a qualifié de problèmes de fonds publics gaspillés ou détournés, dont le recouvrement aurait permis de dégager des ressources supplémentaires pour faire face à la crise.
De son côté, le député Mohamed Lemine Sidi Mouloud a formulé une critique plus détaillée, estimant que les politiques économiques menées ces dernières années n’ont pas atteint les objectifs sociaux annoncés.
Ould Sidi Mouloud a déclaré que le doublement des budgets publics sous le régime actuel ne s’est pas traduit par une amélioration de la situation des citoyens ni par une protection contre les fluctuations des prix ; au contraire, la pression sur le coût de la vie a continué d’augmenter.
Le député a ajouté que, selon lui, le discours du gouvernement sur le soutien aux catégories vulnérables ne s’était pas traduit par des mesures concrètes sur le terrain, citant en exemple la hausse des prix des carburants et les augmentations directes et indirectes du coût de la vie qui en découlent.
Il a également critiqué ce qu’il a qualifié de soutien ou d’augmentations limitées accordés à certaines catégories, alors que les citoyens doivent supporter le poids de décisions économiques lourdes de conséquences.
Sidi Mouloud a évoqué ce qu’il a qualifié de « déséquilibre dans la répartition des richesses », s’interrogeant sur le manque de transparence dans la déclaration des biens de certains responsables, et estimant que cela soulève des questions quant au sérieux de la lutte contre la corruption.
Le député de l’opposition a déclaré : « La persistance de cette situation renforce, selon lui, la perte de confiance entre les citoyens et les institutions ».
Quant au député El Id Mohameden M’Barek, il a estimé que la décision d’augmenter les prix des carburants constituait un indicateur des options économiques limitées dont dispose le gouvernement, soulignant que le recours répété à la hausse des prix et des impôts reflétait, selon ses propres termes, l’absence d’une vision économique alternative capable de protéger les citoyens en période de crise.
SAHARA MEDIA
Le parti d’opposition Sawab a déclaré que la proposition de créer une commission mixte entre le gouvernement et les forces politiques pour suivre la crise énergétique « pourrait ne pas être suffisante », à moins que ses compétences ne soient clairement définies et qu’elle ne soit encadrée sur les plans juridique et administratif de manière à garantir l’efficacité et l’indépendance de son action.
Dans un communiqué publié mardi, le parti a précisé que toute commission de ce type avait besoin d’un cadre rigoureux régissant ses missions en matière de contrôle, de surveillance et de suivi, mettant en garde contre la répétition d’expériences antérieures qui n’avaient pas abouti à des résultats tangibles en raison d’un manque de contrôle institutionnel.
Sawab a souligné que l’appel lancé par le président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani aux partis politiques pour qu’ils présentent des propositions sur les situations économique et sécuritaire « a révélé une faiblesse des capacités de stockage stratégique, ce qui limite la capacité du pays à faire face aux perturbations de l’approvisionnement ».
Le parti a indiqué que cette réalité reflète des dysfonctionnements dans la gouvernance et une mauvaise gestion, soulignant que le secteur de l’approvisionnement souffre depuis des années d’un manque de transparence et de l’existence de transactions suspectes, ce qui a conduit à sa concentration entre les mains d’un seul acteur au cours de la période écoulée.
Il a affirmé que la gestion des crises exigeait des mesures concrètes pour lutter contre la corruption et traduire en justice les responsables, estimant que toute ouverture politique ou consultation serait vaine sans réformes tangibles dans ce domaine.
Il a également mis en garde contre l’exploitation des crises par les réseaux de corruption, citant des expériences passées telles que la pandémie de coronavirus et les périodes de sécheresse, qui, selon lui, ont révélé la fragilité des mécanismes de contrôle et l’épuisement des ressources en période de crise.
Le parti a appelé à renforcer le front intérieur en créant un climat de consensus entre les différents acteurs politiques, afin de soutenir la capacité à faire face aux défis économiques et aux menaces régionales.
Il a souligné que la gestion de la crise ne nécessite pas tant la création de structures parallèles que l’activation des outils de contrôle existants, le renforcement du cadre juridique et la consolidation de l’indépendance du pouvoir judiciaire, afin de garantir une lutte efficace contre la corruption.