
Plusieurs sources issues des partis de la majorité ont déclaré qu’elles s’apprêtaient à rédiger une proposition concernant les « mandats » qui satisfasse les parties politiques participant à la préparation du dialogue et qui permette de sortir de l’impasse dans laquelle se trouve le débat sur l’ordre du jour du dialogue.
Ces sources ont ajouté à Sahara Media que la proposition était en cours d’élaboration avec la participation de tous les partis de la majorité, et qu’elle serait adoptée puis remise au coordinateur du dialogue, Moussa Fall.
Les mêmes sources ont indiqué que la majorité « se plaint » de la manière dont le coordinateur du dialogue, Moussa Fall, gère le dossier des « mandats », qui fait l’objet d’un désaccord avec l’opposition.
Les sources ont poursuivi : « Le coordinateur du dialogue ne nous consulte pas au sujet de ses propositions, et nous ne sommes pas satisfaits de la manière dont il gère ce dossier épineux. »
Lors d’une réunion tenue lundi soir avec les représentants des parties politiques, Moussa Fall avait présenté une nouvelle proposition visant à supprimer le volet « mandats » et à conserver les points faisant l’objet d’un consensus dans le cadre de l’axe « réforme électorale ».
Le désaccord remonte à la semaine dernière, lors d’une réunion organisée par le coordinateur avec les parties politiques pour discuter des axes de l’agenda du dialogue, alors qu’ils ont commencé à aborder l’axe de la réforme électorale.
La majorité a en effet demandé l’inclusion de la question de la « durée des mandats », ce que l’opposition a perçu comme une tentative de faire référence aux « mandats » présidentiels, et a refusé de l’adopter, soulignant que cela touchait à des articles protégés par la Constitution et non négociables.
La majorité a déclaré, dans le cadre de sa défense, que la proposition de modification de la durée du mandat ne visait pas à ouvrir la voie à une candidature pour un troisième mandat, ce que la Constitution interdit, mais s’inscrivait dans le cadre des efforts visant à mener une réforme globale des institutions constitutionnelles.
L’opposition a proposé deux options à la majorité : la première consistait à supprimer la clause relative aux mandats, et la seconde à ouvrir le paragraphe correspondant et à y ajouter la mention « à l’exception des mandats présidentiels ». La majorité a toutefois rejeté ces deux options, réaffirmant son attachement au contenu du document qu’elle avait remis au coordinateur du dialogue, Moussa Fall.
En Mauritanie, les réunions préparatoires au dialogue national ont repris ce 6 avril au palais des congrès de Nouakchott. Après une semaine d’impasse sur la question ultrasensible de la limitation des mandats présidentiels, un compromis semble se dessiner sous l’impulsion du chef de l’État. Mais si une partie de l'opposition joue la carte de l'apaisement, d'autres dénoncent une manœuvre constitutionnelle.
Des conciliabules restreints ont été organisés lundi matin, dans la capitale de Mauritanie. Seuls les présidents des pôles politiques étaient convoqués par le coordinateur du dialogue Moussa Fall.
Pour sortir de l'ornière, le facilitateur a proposé de s'en tenir à des grandes notions : « réforme démocratique » et « réforme électorale », en supprimant les détails polémiques sur le nombre et la durée des mandats, introduits par la majorité. Solution acceptée par les deux pôles de l'opposition.
Mais du côté du camp présidentiel, c'est l'hésitation. Une position logique, selon Diop Amadou Tidiane, député d'opposition et président du Frud : « Le représentant de la majorité n’avait pas les termes de référence pour valider la proposition. Il est plausible qu'il demande à faire la restitution auprès de ses camarades pour évaluer la nouvelle formulation de Moussa Fall. Nous sommes engagés dans un dialogue, nous avons passé une année à préparer cela avec une approche participative inédite. »
Chaque pôle politique doit maintenant consulter sa base
À l'extérieur du palais, le principal opposant et député Biram Dah Abeid, qui boycotte les réunions, dénonce ce qu'il appelle une « confiscation des libertés » et s'inquiète des intentions réelles du pouvoir. « On voit pointer à l’horizon l'intention de la majorité de faire sauter le verrou sur l’intangibilité des deux mandats, accuse-t-il.
L’opposition qui a accepté d'y aller sans garantie s’est trouvée devant le refus du chef de l'État d'avancer dans le dialogue sans qu'ils ne concèdent au président le droit de défigurer la Constitution pour des mandats indéfinis ».
Chaque pôle politique doit maintenant consulter sa base avant une prochaine réunion préparatoire.
RFI
Aprés la rencontre entre le coordinateur du Dialogue M. Moussa Fall et les différents pôles politiques pour débloquer la situation, il apparaît clairement à tout observateur honnête, que le désaccord persistant sur le thème affiché ( le prétendu 3 eme mandat) a une portée potentiellement bien plus profonde et plus inquiétante qu’une simple séquence de négociation politique passagère.
En effet, il faut rappeler que le pôle des partis de la majorité présidentielle se trouve en opposition vis-à-vis d’une proposition susceptible de sortie de blocage qui a été présentée par un coordinateur du Dialogue désigné par le Président de la république et issu de ses propres rangs, proposition qui a été validée par le Président de la République, garant du processus et qui a été acceptée par l’ensemble des pôles de l’opposition démocratique.
Il s’agit donc d’une configuration inédite qui traduit une forme de décalage interne au sein de la majorité, susceptible d’affecter la lisibilité de ses positions et la cohérence d’ensemble du processus engagé.
Il s’agit d’une sorte de fronde qui porte directement atteinte à l’image du président de la république en tant qu’initiateur politique du dialogue et seul chef institutionnel de la majorité présidentielle en raison de la nature même de notre régime politique.
Mais, au-delà de son apparente dimension paradoxale, cette posture inédite semble refléter une dynamique plus profonde. Elle tend à mettre en évidence des réticences, exprimées de longue date par une partie de la majorité, quant à l’ouverture du dialogue sur certains sujets sensibles.
Ces réticences ne sont nullement liées à une quelconque volonté de promouvoir l’hypothèse invraisemblable d’un troisième mandat présidentiel — hypothèse explicitement écartée à plusieurs reprises par le Président de la République lui-même — mais plutôt à une volonté camouflée de certains courants politiques de s’opposer à toute tentative de rouvrir des questions considérées faussement comme déjà tranchées et qui affectent pourtant durablement notre vivre-ensemble
Il va de soi que la persistance de cette situation politique anormale pourrait, à terme, poser la question de l’articulation entre l’impulsion donnée au plus haut niveau de l’État au processus politique en cours et les positions contradictoires exprimées par les différentes composantes de la majorité.
Dans une telle hypothèse, il apparaît nécessaire de clarifier les termes de cette articulation, afin de préserver à la fois la cohérence de l’action publique et la crédibilité du processus de dialogue. À défaut, le risque serait de voir s’installer une forme de tension interne dont les précédents, dans l’histoire politique nationale, invitent à mesurer les implications avec prudence.
Sur le plan du processus, cette situation constitue un facteur de ralentissement, alors même que la proposition de compromis visait à dépasser l’impasse faussement liée à la question des mandats, en recentrant les discussions sur des axes susceptibles de rassembler, tels que la réforme électorale et l’État de droit, l’unité nationale et la cohésion sociale etc.
En définitive, l’évolution de cette séquence dépendra avant tout de la volonté des différentes composantes de la majorité — et en particulier de certains partis et groupes politiques — de privilégier la recherche du compromis, en vue d’engager les réformes indispensables dont le pays a besoin, et dont le Président de la république a assuré de sa détermination à les mettre en oeuvre.
Dans un contexte mondial et régional particulièrement difficile , cette démarche apparaît d’autant plus nécessaire qu’elle conditionne la possibilité d’une réelle entente nationale et le dépassement des logiques de fragmentation et de confrontation.
Le 7 avril 2026
LO GOURMO