La blogueuse Warda Souleylane devant les juges le 25 août 2026 Warda accusée d’atteinte à l’ordre constitutionnel, devrait-on en rire ou en pleurer ?
Friday, 21 Aug 2026 00:00 am

L'Authentique

L’accusation portée contre la blogueuse et jeune activiste du mouvement IRA, Warda, de son vrai nom, Maïmouna Abderrahmane Souleymane, rappelle la fable de Jean De La Fontaine, « Le loup et l’agneau » . Pour ceux qui ont oublié, un petit rappel.

 

La raison du plus fort est toujours la meilleure :
            Nous l'allons montrer tout à l'heure.
            Un Agneau se désaltérait
            Dans le courant d'une onde pure.
Un Loup survient à jeun, qui cherchait aventure,
       Et que la faim en ces lieux attirait.
Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?
            Dit cet animal plein de rage :
Tu seras châtié de ta témérité.
Sire, répond l'Agneau, que Votre Majesté
            Ne se mette pas en colère ;
            Mais plutôt qu'elle considère
            Que je me vas désaltérant
                         Dans le courant,
            Plus de vingt pas au-dessous d'Elle ;
Et que par conséquent, en aucune façon,
            Je ne puis troubler sa boisson.
Tu la troubles, reprit cette bête cruelle,
Et je sais que de moi tu médis l'an passé.
Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?
       Reprit l'Agneau ; je tête encore ma mère
            Si ce n'est toi, c'est donc ton frère.
       Je n'en ai point. C'est donc quelqu'un des tiens:
            Car vous ne m'épargnez guère,
            Vous, vos Bergers et vos Chiens.
On me l'a dit : il faut que je me venge."
           Là-dessus, au fond des forêts
            Le loup l'emporte et puis le mange,
            Sans autre forme de procès.

Ainsi, Warda, la persécutée, est attendue le 25 août 2026 pour être jugée pour «atteinte à la constitution» et «insulte contre le Président de la République.»

L’affaire est sérieuse et c’est avec beaucoup de stupéfaction que l’opinion apprend que pour avoir « demandé à la population de descendre dans la rue pour renverser le président » déclamée par une jeune fille, sans responsabilité politique, l’accusation est portée à son paroxysme, comme l’agneau devant le loup.

Reprenons notre souffle et revenons aux faits, si bien présentés par un confrère et dont la traduction donne à peu prés ceci.

L'affaire de la blogueuse « Warda » sera examinée par le tribunal pénal de Nouakchott-Ouest le mardi 25 août 2026.

Warda avait publié sur son compte Facebook un message appelant « le peuple à descendre dans la rue pour renverser le régime du président en exercice ».

Elle a été placée en garde à vue du vendredi 31 octobre au lundi 3 novembre 2025.

- Elle a été placée sous contrôle judiciaire pour une durée de deux mois à compter du 6 novembre 2025, période qu'elle a accomplie conformément au calendrier de pointage qui prévoyait une signature le 5 janvier 2026 ; aucune ordonnance n'a été rendue par le juge d'instruction concernant le renouvellement de la mesure de contrôle judiciaire initialement fixée à deux mois.

Elle a été placée en détention le 9 février 2026 et y demeure à ce jour.

Paradoxalement, dans les médias publics (télévision et radio) — depuis un certain temps et depuis diverses régions du pays — ainsi que sur les pages de blogueurs les plus actives et les plus suivies, des appels, voire des mobilisations sur le terrain, ont été lancés pour faire tomber la Constitution. Mais personne n'est accusé d'atteinte à la Constitution, même ces appels à piétiner ses dispositions les plus sacralisées par le vote populaire.

Le procès de Warda devait se tenir devant le tribunal pénal de Nouakchott-Ouest le lundi 24 août 2026. Elle était poursuivie — sur la base de l'appel susmentionné, requalifié par un tour de passe-passe juridique en une accusation d'« incitation des citoyens à prendre les armes contre l'État en vue de renverser l'ordre constitutionnel » et d'« outrage au président de la République ». Toutefois, le tribunal a reporté l'audience au lendemain, le mardi 25 août.

La question de la violation de la Constitution ne nécessite aucun débat, juridique ou autre, car elle relève d'une appréciation éminemment subjective et dépend de la position adoptée face à la réponse à apporter à cette question fondamentale :

Au nom de qui viole-t-on la Constitution ?

En perspective : la nation sera préservée du danger que représente Warda si une condamnation est prononcée à son encontre pour avoir appelé le peuple à descendre dans la rue afin de renverser le président en exercice.

Quant aux appels visant à faire tomber la Constitution, ils seront renforcés par l'entrée en scène d'élites qui surenchériront — passant du maintien et de la prolongation du mandat à la volonté de pérenniser le pouvoir — afin de rattraper l'avance prise par les régions du Brakna, de l'Inchiri et de l'Assaba.