réflexion sur la gestion publique Quand l’argent public se perd et que le peuple paie
Friday, 28 Aug 2026 20:00 pm

L'Authentique

Il existe des crises qui relèvent de la fatalité. Mais lorsque les mêmes problèmes se répètent année après année, dans les mêmes secteurs et au détriment des mêmes populations, il devient difficile de continuer à parler de simple malchance ou de « force majeure ».

En Mauritanie, les citoyens assistent, impuissants, à la dégradation progressive des services publics essentiels. Santé, éducation, eau, électricité, assainissement, routes, barrages et pâturages : partout, les difficultés s’accumulent, tandis que des budgets considérables continuent d’être mobilisés au nom du développement.

La question fondamentale n’est donc plus seulement : combien l’État dépense-t-il ? Elle est devenue : où va réellement l’argent public et quels résultats produit-il ?

Les marchés publics constituent, à cet égard, l’un des points les plus sensibles. Lorsque des équipements coûteux sont acquis alors qu’ils sont déjà usagés, lorsque des fournitures dont la qualité ou la durée de vie pose question sont introduites dans les services publics, le problème dépasse la simple mauvaise gestion. Il soulève des interrogations légitimes sur la transparence des procédures, le contrôle des dépenses et la responsabilité de ceux qui prennent les décisions.

Il faut toutefois distinguer les faits établis des accusations. Toute suspicion de détournement doit être documentée, vérifiée et, lorsqu’elle est avérée, sanctionnée par la justice. Cette exigence de rigueur ne doit cependant pas servir de prétexte pour fermer les yeux sur les dysfonctionnements régulièrement signalés dans la gestion publique.

Le plus révoltant reste peut-être le contraste entre les moyens annoncés et la réalité vécue quotidiennement par les citoyens.

Des milliards sont consacrés à des projets, tandis que des familles continuent de chercher désespérément quelques litres d’eau. Des infrastructures sont inaugurées, mais certaines se dégradent rapidement. Des équipements sont achetés, mais les hôpitaux manquent parfois de moyens élémentaires. Des programmes sont annoncés pour l’éducation, alors que l’école publique demeure confrontée à de profondes difficultés structurelles.

Et lorsque les citoyens protestent, on leur répond par des formules administratives : « accumulations », « contraintes techniques », « force majeure ».
Ces expressions peuvent expliquer ponctuellement une difficulté. Elles ne peuvent cependant devenir une doctrine permanente de gouvernance.

Un État responsable doit rendre des comptes. Il doit expliquer les retards, publier les résultats, identifier les responsabilités et corriger les erreurs. Surtout, il doit accepter que l’argent public n’appartient ni aux ministres, ni aux directeurs, ni aux responsables politiques : il appartient aux citoyens.

La véritable lutte contre la corruption ne consiste donc pas uniquement à multiplier les discours ou à brandir quelques dossiers contre des adversaires. Elle exige un contrôle indépendant, une justice capable d’aller jusqu’au bout des enquêtes, des marchés publics transparents et une publication régulière des résultats de l’action publique.

Car le citoyen qui manque d’eau, qui souffre dans un hôpital, qui étudie dans une école démunie ou qui vit plusieurs heures sans électricité ne demande pas des statistiques. Il demande des résultats.

Et lorsque l’argent public disparaît tandis que les problèmes demeurent, la question n’est plus seulement économique.

Elle devient une question de gouvernance, de justice et de responsabilité devant le peuple.

Une République digne de ce nom ne peut pas demander éternellement aux citoyens de patienter. Elle doit leur rendre des comptes.

Med Abdarahmane Abdallah
Écrivain journaliste 
medabd388@gmail.com