Conférence de Birame Dah Abeid, jeudi 1er octobre 2026 Birame Dah Abeid déclare avoir porté les pauvres au Parlement plutôt que les riches chasseurs de députation
Saturday, 03 Oct 2026 00:00 am

L'Authentique

Lors de la conférence de presse qu’il a animée jeudi 1er octobre 2026 à Nouakchott, le député et président du mouvement IRA, Birame Dah Abeid, dit avoir rejeté des centaines de millions d’ouguiyas offerts par des personnalités riches qui cherchaient les premières places de candidatures lors des élections législatives de 2023.

Elue sous la bannière de la coalition RAG/SAWAB sur proposition de Birame Dah Abeid, dont elle était membre de son mouvement IRA, Aminata DIa Bougal qui a fait défection en mai 2026, avait déclaré à un site de la place, avoir acheté sa députation.

La question a été posée à Birame Dah Abeid, lors de la conférence de presse. En réponse, ce dernier avait répondu qu’il n’a pas l’habitude de répondre aux allégations des membres ayant quitté son mouvement; et que Aminata DIa, ne fera pas exception.

Néanmoins il a a tenu à déclarer que sa philosophie lors des législatives de 2023 était de hisser les masses déshéritées au sein de l’hémicycle de l’Assemblée Nationale, notamment les femmes. .

Ce qui a expliqué ses choix qui ont porté sur Marième Cheikh Dieng, Ghamou Achour et Aminata Dia, toutes issues des franges les plus marginalisées de la population.

Si la députation était monnayée au niveau de la coalition RAG/SAWAB, dira-t-il en substance, aucune d’entre elles, et encore moins Aminata DIa, n’aurait fait le poids face aux appétits de puissants hommes d’affaires et de leaders politiques qui l’ont approché pour monnayer des places de tête de liste au niveau de sa coalition.

Deux d’entre eux, seraient même allés, chacun lors des entrevues, jusqu’à offrir 100 millions MRO pour être tête de liste à Nouakchott-Ouest et à Nouakchott-Sud, sans compter la prise en charge complète de la campagne électorale au niveau de ces circonscriptions. Des noms d’intermédiaire et des témoins de ces rencontres, ont été cités.

D’autres prétendant ont offert, selon lui, des montants allant de 30 à 40 millions MRO pour des postes de 2ème sur les listes.

« Toutes ces offres ont été balayées d’un revers de main » a martelé Birame qui précise avoir coupé toute communication avec l’un des prétendants pour qui il avait beaucoup d’estime et qui le harcelait pour avoir une réponse.

Et Birame de lancer, « malheureusement, tous ces gens qui nous ont approchés pour monnayer une place de choix pour la députation, s’étaient trompé de porte ».

Et de lâcher, dans un ton moqueur; « le marché des transactions pour des postes électifs se trouvent de l’autre côté, mais pas ici.».

Birame Dah Abeid avait abordé plusieurs questions lors de la conférence de presse et dont la substance se trouve résumé dans le communiqué de presse ci-dessous.

Cheikh Aïdara

Communiqué de presse  de Birame Dah Abeid, le 1er octobre 2026

Il y a dans ce pays un seul problème qui se répète, sous des formes différentes, dans presque tous les dossiers que je vais aborder. Ce pouvoir ne traite pas les Mauritaniens de la même manière selon qu'ils le soutiennent ou qu'ils le contestent. Vous allez le voir dans la justice, dans les libertés, dans la façon dont les régions sont considérées. Ce constat est aussi palpable dans le domaine de l’approvisionnement sur les marchés des familles nantis d’une part et de la majorité des populations d’autre part. Les premiers s’approvisionnent de denrées saines et la deuxième catégorie est en but aux aliments ou médicaments contrefais, périmés ou de mauvaise qualité. Cette ligne de fracture systémique est aussi visible dans les soins, l’éducation, la gestion et le bénéfice de l’argent public.

UN AUTRE EXEMPLE : BOGHÉ : LA LIBERTÉ DE RÉUNION APPARTIENT AU PEUPLE

Nous nous sommes rendus à Boghé pour rencontrer les habitants. Des citoyens avaient prévu de nous accueillir, ils s'étaient organisés pour ça. Ces rassemblements ont été empêchés. Un dispositif policier important a encadré tous nos déplacements, du début jusqu'à la fin.

Voilà le contraste que nous voulons que vous voyiez. Quand le président se déplace, les foules sont mobilisées et personne n'y trouve à redire. Quand les responsables du parti au pouvoir se déplacent, ils sont accueillis sans la moindre entrave. Quand une délégation gouvernementale arrive quelque part, les citoyens se rassemblent librement pour la recevoir. Mais quand des habitants veulent recevoir un responsable de l'opposition, la police intervient pour les en empêcher.

La liberté de réunion est permise aux gens du pouvoir pas aux autres.

Ce même déséquilibre, on le retrouve à une échelle plus large, quand on regarde comment ce pouvoir traite les régions du pays.

LE NORD : LE POUVOIR APPLIQUE UNE POLITIQUE DE REVANCHE GÉOGRAPHIQUE

Nous avons parcouru le nord, nous y avons rencontré des populations, des cadres, des jeunes, des anciens.

La tournée présidentielle qui vient de s'y dérouler a mobilisé beaucoup de cadres, de notables, de responsables. Mais une bonne partie de cette mobilisation venait de Nouakchott, de l'appareil politique et administratif de l'État. Il ne faut pas confondre cette organisation officielle avec une véritable adhésion populaire. Dans plusieurs étapes, l'accueil réservé sur place par les habitants eux-mêmes est resté loin de ce que la communication officielle a voulu montrer.

Ce que nous entendons dans ces régions est clair : il y a un malaise, il y a un sentiment de marginalisation. Ce sentiment touche les nominations, l'accès aux fonctions de responsabilité, la présence des cadres originaires de ces régions dans les grandes décisions de l'État. Et ce sentiment n'a rien d'irrationnel : le fer, la pêche, les mines, les activités portuaires, une part essentielle de la richesse nationale sort de là. Notre pays dispose d'une façade maritime d'environ 750 kilomètres et de ressources halieutiques considérables, largement concentrées dans cette partie du territoire.

C’est une erreur que de considérer que le Nord a eu son tour et qu’une autre région du pays doit occuper pleinement et exclusivement le champ du pouvoir. Néanmoins, le poids démographique, politique et économique des régions de l’est est intestable mais un pouvoir responsable doit diluer les spécificités positives de chaque région ou communauté dans une dynamique et symbiose nationales de construction. La Mauritanie n'est la propriété d'aucune région, ni du Nord, ni de l'Est, ni du Sud, ni du Centre, ni de Nouakchott.

LE POUVOIR D'ACHAT : UN PAYS RICHE, DES FAMILLES QUI N'ARRIVENT PLUS À SE NOURRIR

Le pouvoir d'achat des familles est devenu un sujet de préoccupation majeur.

Le poisson et la viande sont hors de prix. Nous avons les côtes les plus poissonneuses du monde et pourtant le poisson est devenu hors de prix. Même chose pour la viande . Nous avons 29 millions de têtes de bétails et portant la viande est devenu hors de prix. Le lait : nous avons un cheptel important, un potentiel pastoral considérable, et nous continuons d'importer pour 100 millions de dollars de lait par an. Les légumes : nous avons des terres fertiles, notamment dans la vallée du fleuve Sénégal, et nous restons dépendants des importations du Maroc pour nourrir nos familles. Nous dépendons entièrement du Maroc qui s’il décide fermer ses frontières, notre pays serait en crise.

Un pays qui possède un tel littoral, un tel cheptel, de telles terres, de telles ressources minières, ne devrait jamais laisser ses citoyens dépendre à ce point de l'extérieur pour se nourrir. Notre pays est riche en ressources mais laisse ses citoyens pauvres dans leur vie quotidienne : voilà exactement ce que nous vivons. Pourquoi, parce que les élites ne se ravitaillent pas dans les marchés et achètent les produit auprès des supermarchés qui importent généralement d’Espagne. Ils ne sont pas donc sensibles à la hausse des prix.

AUX BLOGUEURS ET AUX JOURNALISTES : COMBATTRE UNE POLITIQUE SANS SALIR UNE VIE PRIVÉE

Leur travail compte, et nous le reconnaissons sans détour. Ils informent nos concitoyens. Ils permettent, ici comme dans la diaspora, d'accéder à des informations que les médias officiels ne montrent jamais. Ils élargissent l'espace public, ils réveillent une conscience politique dans ce pays, et une partie d'entre eux le font depuis l'étranger, dans des conditions qui leur permettent de parler avec une liberté que d'autres n'ont pas. Cette contribution est réelle.

Mais nous posons, avec la même clarté, une règle simple. On peut critiquer le chef de l’état, combattre sa politique, dénoncer son bilan, contester ses décisions aussi fermement qu'on le souhaite. Cela ne justifie ni les attaques contre sa vie privée ou sa famille, ni les insultes, la calomnie, l'invective. On peut combattre une politique avec la plus grande fermeté sans salir une vie privée et le fait que le chef de l’état lui-même, son premier ministre et son ministre de l’intérieur financent des campagnes de dénigrement qui sortent du cadre public contre des personnes dont Biram Ould Dah Ould Abeid, ne justifie pas à nos yeux le recours à ce procédé indigne contre le pouvoir et ses responsables.

Cette exigence doit valoir pour tous, sans exception : le pouvoir, l'opposition, les journalistes, les blogueurs, les citoyens.

SOMELEC : LA VÉRITÉ ENTIÈRE, PAS UN RAPPORT ENTERRÉ

Une commission d'enquête indépendante a été instituée par arrêté du Premier ministre du 25 août 2026, pour examiner les causes des incendies qui ont touché des installations de la SOMELEC et les mesures nécessaires pour renforcer la sécurité du réseau électrique. Ce qui compte, c'est ce qu'elle va produire, et ce que le pouvoir en fera. Nous exigeons que ce rapport soit rendu public, dans son intégralité. Que les causes techniques, les choix d'entretien, les éventuelles responsabilités soient établies sur la base des faits, et suivis d’effets réels. Une commission d’enquête doit faire sortir la vérité, pas enterrer une affaire.

L’ASSAINISSEMENT : DES MILLIARDS ANNONCÉS, UNE CAPITALE QUI PLIE SOUS LA PLUIE

Chaque saison des pluies, plusieurs quartiers de Nouakchott se retrouvent sous l'eau. La pluie n'est pas notre adversaire, c'est un phénomène naturel. Le vrai problème est ailleurs.

Depuis des années, on nous annonce des programmes de modernisation, de drainage, de résilience urbaine, des investissements consacrés à l'assainissement de la capitale. Combien a-t-on réellement investi ? Quels ouvrages ont été construits, et où exactement ? Dans quel état se trouvent-ils aujourd'hui ? Qui est chargé de leur entretien ? Et pourquoi, après tant d'années de programmes et d'annonces, notre capitale reste-t-elle paralysée dès les premières fortes pluies ?

Des milliards annoncés, une capitale qui continue de plier sous la pluie. Ce contraste est difficile à accepter.