
Elles ont été élues en 2023 par des électeurs sur la liste RAG/SAWAB comme députées à l'Assemblée Nationale.
Mais elles ne feront pas long feu. Un mandat écourté de 3 ans au lieu de 5 sur la base de procédures entachées d'irrégularités selon plusieurs observateurs.
Pourtant, elles auraient pu se taire, changer de discours, éviter d'entrer en confrontation avec les barons de la corruption, du tribalisme, du népotismes et d'entrer en collision directe avec un pouvoir qui aurait confisqué tous les pouvoirs et dirige le pays d'une main de fer.
Mais elles ont refusé de se taire. Elles ont dominé l'hémicycle par leurs interventions chauffées à blanc, s'attaquant à un édifice devant lequel la lâcheté a bien souvent pris le pas sur le courage. D'autant que dans cette Mauritanie d'aujourd'hui, pour avoir de vieux os politiques ou fuir le piège d'une justice sous commande, il faut faire profil bas, raser les murs, jouer aux bouffons de cour, se vêtir des oripeaux du courtisan attitré. Il faut surtout se faufiler dans les rangs des "Impunis" de la République, ceux qui détroussent la Nation, raclent le fond des budgets publics, s'enrichissent jusqu'à l'extase, tant qu'ils chantent les louanges du Prince et qu'ils lui pompent les baskets. Ceux-là, les portes des tribunaux leur sont fermées et les cellules des prison leur sont interdites. .
Ghamou Achour et Marième Cheikh ont secoué les cocotiers dégarnis de l'Assemblée Nationale, ont affronté dans le feu des débats législatifs, les tenants de la vie publique. Elles ont demandé des comptes, interpellé sur la mauvaise gestion et posé des questions sur l'utilisation des ressources publiques. Leur présence dérangeait les puissants et leurs interventions les gênaient. D'où la prudence expéditive et urgente de les chasser de l'Assemblée Nationale.
Leur passage aura cependant permis de dévoiler des failles. Elles ont permis de constater pour la première fois que les décisions du Conseil Constitutionnel, la plus haute instance régulatrice des pouvoirs publics et du respect de la Constitution, pouvaient être refusées par le Parlement. Cela avait consisté au refus du Président de l'Assemblée Nationale d'exécuter une décision prise par le Conseil Constitutionnel par rapport à la continuité des charges des deux députés, malgré leur condamnation en seconde instance.
Elles ont permis aussi de faire découvrir au monde que dans l'encyclopédie juridique de la Mauritanie, le "flagrant délit" avait une définition autre que celle consignée dans ses propres lois et dans les lois universelles. Elles ont permis de montrer au monde qu'un Parlementaire pouvait être poursuivi et jugé sans la levée de son immunité parlementaire. Elles ont surtout permis d'apprendre que la justice mauritanienne est inféodée au pouvoir présidentiel.
Leur cas sera étudié dans toutes les facultés de droit du monde. Des doctorants se pencheront sur le cas d'école de ces deux députés et du rapport entre le Parlement et l'Exécutif. Des sociologues, des anthropologues mais aussi des chercheurs en sciences politiques se pencheront certainement un jour, dans dix, vingt, ou cent ans après, cette magnifique jurisprudence que les deux députés, Ghamou Achour et Marième Cheikh ont légué à la postérité.