Leïla était une jeune fille éprise de vie. Les murs de sa chambre étaient tapissés de dessins coloré Briser le silence, faire triompher la justice : Une histoire d’espoir Par Mariem Fadel Abbas
Wednesday, 14 Oct 2026 20:00 pm

L'Authentique

Leïla était une jeune fille éprise de vie. Les murs de sa chambre étaient tapissés de dessins colorés, témoins de son imagination fertile, tandis que ses journées s’emplissaient de rêves et d’espoirs pour l’avenir. Mais, au cours d’une nuit sombre, elle fut victime d’une terrible agression sexuelle qui bouleversa son univers et brisa le sentiment de sécurité qui l’habitait, la plongeant dans une profonde détresse, entre peur et sentiment d’injustice.
Dans les jours qui suivirent, Leïla s’enferma dans un silence douloureux. Elle avait le sentiment que le monde autour d’elle avait changé et que sa voix s’était éteinte sous le poids de la peur et de la stigmatisation sociale. Peu à peu, elle se replia sur elle-même et délaissa ses desseins, comme si les rêves avaient perdu leurs couleurs.
Le premier pas vers la reconstruction survint le jour où elle trouva le courage de confier à sa mère, dans un murmure, ce qu’elle avait subi. Loin de tout reproche, elle reçut une étreinte chaleureuse et un soutien inconditionnel. Avec l’accompagnement de sa mère, elle se tourna vers un centre spécialisé dans le soutien psychologique et l’assistance juridique. Ainsi commença un long chemin vers la guérison, la reconstruction de soi et la reconquête de sa dignité.
Mais la souffrance de Leïla ne tenait pas seulement à la blessure intime laissée par l’agression. Elle était également aggravée par les insuffisances du cadre juridique et les pesanteurs sociales auxquelles se heurtaient les victimes en Mauritanie. Les lacunes de la législation et l’absence de mécanismes suffisamment efficaces pour prévenir les violences sexuelles, protéger les victimes et sanctionner les auteurs contribuaient à entretenir leur sentiment d’abandon et d’injustice. À la douleur physique et psychologique s’ajoutaient alors la peur du jugement social, les difficultés à obtenir réparation et l’incertitude quant à la reconnaissance de leurs droits.
Un soir, avant de s’endormir, Leïla pensa à toutes ces victimes contraintes au silence, privées de la possibilité de faire entendre leur voix. Cette nuit-là, elle fit un rêve qui la bouleversa profondément.
Elle vit le Parlement mauritanien animé par des débats intenses et constructifs, des représentants de la société civile, des femmes, des jeunes et des défenseurs des droits humains s’unir pour porter la voix des plus vulnérables. Tous réclamaient, d’une même voix, une législation claire et efficace, capable de prévenir les violences sexuelles, de sanctionner les agresseurs conformément à la loi, de mettre fin à l’impunité et de garantir aux victimes une protection juridique et un accompagnement psychologique adaptés.
Dans ce rêve, une loi nationale ambitieuse était enfin adoptée. Elle consacrait le droit de chaque victime à la protection, à la dignité et à la justice, tout en renforçant les mécanismes de prévention, de prise en charge et de réparation. Désormais, aucune jeune fille ne devait être abandonnée à sa souffrance, livrée aux préjugés ou contrainte de porter seule le poids d’une violence qu’elle n’avait pas choisie.
Leïla se réveilla a l’appel à la prière de l’aube, les yeux baignés de larmes, mais le cœur rempli d’une détermination nouvelle. Elle comprit que ce rêve n’était pas simplement une vision fugitive, mais l’expression d’une espérance profonde et d’un engagement renouvelé en faveur de la justice.
Elle essuya ses larmes, reprit ses pinceaux et retourna à ses toiles. Désormais, ses œuvres ne seraient plus seulement le reflet de ses rêves, mais aussi le cri de celles qui n’osaient pas parler, l’expression de leurs blessures et l’affirmation de leur droit à vivre libres de toute violence.
Au fond d’elle-même, Leïla nourrissait la conviction que son rêve pouvait devenir réalité si la volonté politique, l’engagement de la société civile et la solidarité collective se conjuguaient pour faire évoluer les lois et les mentalités.
Car la justice ne se limite pas à punir les coupables. Elle consiste aussi à protéger les victimes, à restaurer leur dignité et à leur permettre de reconstruire leur avenir. La véritable lumière jaillit lorsque le silence cède la place à la parole, que la peur recule devant le courage et que le droit devient une protection effective pour chaque être humain.
Leïla voulait croire qu’un jour, en Mauritanie, aucune jeune fille n’aurait plus à affronter seule les conséquences d’une telle épreuve, et que la loi, soutenue par une société consciente et solidaire, serait un rempart contre les violences, un instrument de justice et une promesse d’espoir.
Parce qu’aucune victime ne devrait avoir à choisir entre son silence et sa dignité, faire triompher la justice, c’est aussi rendre à chaque survivante le droit de rêver, de vivre et de regarder l’avenir à la lumière de l’espoir.