situation alimentaire et nutritionnelle en Mauritanie Sécurité alimentaire et nutrition en Mauritanie, plus de 500 milles personnes menacées
Thursday, 15 Oct 2026 20:00 pm

L'Authentique

En Mauritanie, les besoins humanitaires sont loin de couvrir la crise alimentaire persistante, qui fait face aux changements climatiques, à l’afflux de réfugiés maliens et à la dépendance aux importations

En effet, selon les projections du Cadre Harmonisé de novembre 2025, 500 089 personnes (11 % de la population) étaient déclarées susceptibles de vivre une situation de crise alimentaire durant la période de soudure, juin-septembre 2026. À cela, devaient s'ajouter environ 112 306 réfugiés supplémentaires projetés dans la même situation. Pour la période de soudure 2025, l'analyse de mars 2025 estimait à environ 590 000 personnes (12 % de la population) le nombre de personnes en insécurité alimentaire aiguë, dont près de 11 900 en phase d’urgence.

Des contraintes dues à des faisceaux de facteurs

La Mauritanie est confrontée à de multiples défis, en particulier des contraintes structurelles liées à la rareté des sols arables, environ 0,4 à 0,5 % du territoire national. Cela sans compter la désertification qui réduit drastiquement la fertilité des sols, affectant les moyens d'existence agricoles et pastoraux. La production nationale de riz, mil et sorgho ne couvre qu'environ un tiers des besoins, rendant le pays fortement dépendant des importations, notamment de blé et de sucre.

Les chocs climatiques constituent un autre défi, avec les sécheresses et les inondations récurrentes qui exacerbent la vulnérabilité du pays, avec des pertes localisées de récoltes.

Autre facteur déterminant, la pression migratoire. En effet, la Mauritanie accueille le plus grand nombre de réfugiés maliens en Afrique de l'Ouest. En juillet 2025, ils représentaient plus de 6 % de la population totale, avec 293 000 réfugiés dans la seule région du Hodh Charghi, soit une augmentation de 12 % depuis janvier 2025. Cette pression accroît la demande sur les ressources naturelles et les services de base, exacerbant l'insécurité alimentaire dans les communautés hôtes.

Taux élevé de malnutrition et hausse de la pauvreté

La malnutrition chronique touche 24,8 % des enfants de 6 à 59 mois. Entre novembre 2025 et octobre 2026, près de 179 000 enfants devraient souffrir de malnutrition aiguë, dont plus de 42 000 cas sévères. La pauvreté reste fortement inégale : 11,6 % en zone urbaine contre 38,9 % en zone rurale en 2025.

Pour répondre à ces crises alimentaires et nutritionnelle, le Plan Stratégique Pays 2024-2028 du Programme Alimentaire Mondiale (PAM), doté d'un budget de 417,6 millions de dollars U.S, cible 520 697 bénéficiaires directs avec des transferts monétaires, une assistance alimentaire, la création d'actifs productifs et des programmes d'alimentation scolaire. Le gouvernement mauritanien a également mis en place des boutiques EMEL pour la vente de denrées à prix subventionnés et des filets sociaux via le programme Tekavoul. Des projets de développement de la filière blé sont en cours pour réduire la dépendance aux importations.

En perspectives, la production céréalière de 2024 a atteint environ 571 000 tonnes, soit près de 20 % au-dessus de la moyenne quinquennale, et la production rizicole de 2025 a progressé de 27 % par rapport à 2024. Toutefois, la croissance démographique (2,8 % par an) et la pression migratoire risquent de maintenir une demande alimentaire élevée, tandis que les projections économiques tablent sur une hausse de la pauvreté de 0,5 point entre 2025 et 2027.

Cheikh Aïdara