Programme d'habitats sociaux DARI Mauritanie Plus de mille logements sociaux répartis dans dix villes de la Mauritanie, toujours inoccupés
Monday, 26 Oct 2026 20:00 pm

L'Authentique

Le Programme DARI de TAAZOUR est l’un des plus gros projets d’habitats sociaux en Mauritanie. Au total, il s’agit de 1932 logements sociaux répartis dans 10 villes mauritaniennes. Depuis des années, beaucoup de ces habitats sont prêts à l’emploi. Mais aucun n’a été jusqu’ici attribué.

Le programme d'habitat social DARI en Mauritanie a été initié en 2019, mais la mise en œuvre concrète des premiers chantiers de construction de complexes résidentiels dans les capitales régionales de l'intérieur du pays ont débuté en 2021.

Ce programme vise spécifiquement à moderniser les infrastructures de base et à éradiquer l'exclusion dans les quartiers périphériques négligés historiquement.

Le programme Dari a permis ainsi la construction de bâtiments, notamment à Sélibaby, Rosso, Nouadhibou et à Aleg, entre autres capitales régionales. Ces bâtiments sont achevés depuis plusieurs années mais non affectés. Ils restent inoccupés.

Selon les responsables du programme, le fait que les logements restent inoccupés malgré la fin du gros des travaux s’explique par un décalage technique récurrent dans la gestion des grands projets d’infrastructures, notamment l’avancement des chantiers plus vite que les travaux de raccordement aux services essentiels, tels que l’eau et l’électricité.

Raccordement à l’eau et à l’électricité

L’absence de viabilisation des habitats après la finition des travaux constitue, selon les responsables techniques du programme DARI, le principal obstacle à leur livraison aux bénéficiaires.

De nouveaux marchés spécifiques et des avenants de raccordement ont été lancés par TAAZOUR, en particulier dans la zone regroupant Aleg, Kaédi et Sélibaby.

Ainsi, les logements resteront techniquement inhabitables, tant que les négociations et la mise en œuvre des extensions électriques et d’adduction d’eau potable ne seront pas finalisées.

Leur maintien en l’état d’inoccupation pendant toutes ces années ont entraîné des dépenses supplémentaires. En effet, des sociétés de gardiennage ont été recrutés, pour éviter le squat, le vol ou la dégradation du matériel de seconde œuvre, en l’occurrence les portes, les fenêtres ou la plomberie.

Des habitats adaptés au climat local

Pour inscrire ces habitats dans leur contexte, TAAZOUR s’est appuyée sur des technologies d’éco-construction adaptées au climat sahélien.

Sélibaby a servi de prototype pour tester la construction de 50 logements sociaux entièrement réalisés grâce aux matériaux locaux. Cette approche repose sur la technologie des blocs de terre comprimés et stabilisés (BTSCS).

Contrairement aux parpaings de ciment classiques importés ou très énergivores, le BTCS valorise les ressources de la région. L'argile ou la terre locale sont extraits, puis mélangés à une faible proportion de sable de dune et à un liant, du ciment ou de la chaux, pour assurer l'imperméabilité.

Ce mélange humide est introduit dans une presse manuelle ou motorisée qui compacte fortement le matériau pour éliminer les bulles d'air et augmenter sa densité.

Les briques ne sont pas cuites au four, pour éviter la déforestation, mais séchées à l'ombre et arrosées régulièrement pendant deux à trois semaines pour atteindre leur résistance maximale.

Le résultat est qu’on obtient des chambres dotées d’une climatisation naturelle. La terre possède une forte capacité d'isolation. À l'intérieur de la maison, la température est régulée et s'oppose aux extrêmes de l'extérieur. Quand il fait 45°C dehors, la maison reste fraîche sans nécessiter de climatisation électrique coûteuse.

Grâce au faible dosage en ciment et à la compression, ces briques résistent parfaitement aux fortes pluies torrentielles qui frappent régulièrement des régions pluvieuses comme le Guidimakha.

Ce procédé a permis de recruter et de former de jeunes ouvriers locaux à la maçonnerie de terre, maintenant l'enveloppe budgétaire du projet au sein de l'économie des wilayas cibles, au lieu du ciment industriel commandé à Nouakchott.

Comment ces logements vont-ils être répartis ?

Un jour ou l’autre, les habitats sociaux, achevés et viabilisés, devront échoir aux familles pauvres ou issues des gazras. D’où un processus administratif jugé lourd par les responsables du programme DARI afin que les maisons reviennent aux familles les plus démunies, loin du favoritisme et du clientélisme. Pour cela, des commissions locales présidées par les Walis et Hakems devront croiser les demandes avec le Registre Social. Ce tri juridique et social devrait prendre du temps à se formaliser après la remise des clés par les entreprises de BTP chargées des constructions.

L’état d’avancement du programme DARI

En prenant en exemple la situation dans les villes de Néma,  Kiffa, Rosso et Nouadhibou, un constat s’annonce, celui d’un avancement irrégulier, car si certaines villes ont achevé leur programme d’habitat social au niveau du gros oeuvre, d’autres sont dans des travaux complémentaires ou d’extension majeures.

A Kiffa, considérée comme l’une des villes les plus en avance, il est prévu la construction de 368 logements sociaux. Les gros ouvrages sont achevés et une première tranche de 60 logements ont été officiellement inaugurée et présentée comme achevée. Il reste le blocage résiduel, comme dans les autres villes, celui lié à la phase de finalisation et de raccordement à l’eau et à l’électricité.  

A Néma, les chantiers ont connu des retards de finition de la part des premiers prestataires obligeant TAAZOUR à en choisir d’autres.

C’est ainsi qu’un nouvel Appel d’Offres a été lancé pour la finition des 104 logements sociaux destinés à la Wilaya. Aux dernières nouvelles, les structures de base sont debout, et le projet est en train d'être finalisé au niveau des seconds œuvres (finitions, huisseries, enduits) en parallèle des opérations de contrôle des raccordements électriques.

Même constat d’avancement des travaux à Rosso, malgré la lenteur due à la nature des sols et des contraintes d’assainissement propres à la vallée du fleuve. Ainsi, la construction des bâtiments est globalement achevée, mais le site souffre du même syndrome de la "coquille vide". Le projet est actuellement au stade de la mission de contrôle et de suivi des travaux de raccordement AEP (Eau Potable) et Électricité. Le dossier administratif d'attribution est gelé tant que la viabilisation technique et la sécurisation par gardiennage ne sont pas effectives.

La capitale économique Nouadhibou bénéficie d'un traitement de grande envergure pour absorber la prolifération des quartiers précaires. TAAZOUR y a lancé la construction d'un immense quartier résidentiel de 378 logements sociaux, représentant une enveloppe massive de 4,72 milliards MRO.

Les chantiers de gros œuvre ont été activement déployés sur le terrain et les visites officielles de supervision se sont succédé pour acter l'élévation des bâtiments.

Pour parer aux défaillances de certains lots, TAAZOUR a également injecté des budgets complémentaires via un appel d'offres visant l'achèvement de 72 logements spécifiques en habitat collectif dans la ville. En parallèle, d'autres acteurs étatiques, comme la CDD et l'agence Tadamoun, construisent d'autres tranches de logements sociaux dans la cité côtière pour densifier l'offre.


Cheikh Aïdara