Rosso : une ville née du fleuve, du commerce et de la rencontre des peuples

La vie à Rosso

ROSSO

Située sur la rive droite du fleuve Sénégal, face à sa ville jumelle sénégalaise, Rosso occupe depuis longtemps une position géographique exceptionnelle. Elle est aujourd’hui le chef-lieu de la wilaya du Trarza et constitue l’un des principaux points de passage entre la Mauritanie et le Sénégal.

Mais Rosso est bien plus qu'une simple ville frontière. Son histoire est celle d'un espace de circulation, d'échanges et de brassage humain.

1. Une histoire liée au Walo et au fleuve Sénégal

L’espace de Rosso appartient historiquement à la zone culturelle du Walo, ancien royaume installé dans la vallée du fleuve Sénégal. Le quartier de Ndiourbel, à Rosso, conserve d'ailleurs la mémoire de cette histoire.

Avant de devenir la ville administrative et commerciale que nous connaissons aujourd'hui, cette région était déjà un espace de circulation entre les populations de la vallée, les éleveurs venant des zones sahéliennes et les commerçants reliant le nord et le sud du fleuve.

Le fleuve Sénégal n'a donc jamais été uniquement une frontière. Il a surtout été une voie de communication et de rapprochement.

2. Rosso, une ville façonnée par les migrations et le brassage

Le peuplement traditionnel de Rosso s'est constitué autour de plusieurs grandes communautés de la vallée et du Sahel : Haalpulaar, Wolof, Maures, Soninké, auxquelles sont venues progressivement s'ajouter d'autres populations mauritaniennes et ouest-africaines.

La vocation commerciale et frontalière de la ville a naturellement attiré des populations venues d'autres régions. Aujourd'hui encore, les études sur Rosso soulignent son caractère multiethnique et son rôle dans les mobilités régionales.

C'est ce qui fait une des grandes particularités de Rosso :

Rosso n'est pas seulement une ville où plusieurs ethnies cohabitent ; c'est une ville où plusieurs cultures se rencontrent, s'influencent et construisent ensemble une identité urbaine particulière.

On y retrouve les langues, les traditions, les modes de vie et les pratiques commerciales de plusieurs espaces de Mauritanie et d'Afrique de l'Ouest.

3. La période coloniale : Rosso devient une porte d'entrée

Durant la période coloniale française, la position de Rosso prend une importance considérable. La ville devient un point de passage entre la Mauritanie et le Sénégal, notamment en direction de Saint-Louis, alors capitale de la colonie de Mauritanie et centre administratif majeur de la région.

Le commerce de la gomme arabique et d'autres produits contribue au développement de la ville. Des compagnies commerciales et une présence militaire française s'y installent.

Rosso devient ainsi progressivement une escale commerciale, administrative et stratégique.

Cette fonction va profondément marquer son identité.

4. Le commerce : la vocation historique de Rosso

S'il existe une activité qui permet de comprendre Rosso, c'est bien le commerce.

Depuis plusieurs générations, la ville vit au rythme des marchandises, des voyageurs, des transporteurs, des commerçants, des changeurs, des piroguiers et des populations qui traversent le fleuve.

La frontière n'a jamais constitué un mur pour les populations riveraines. Elle a plutôt créé un espace économique commun, dans lequel les deux rives sont complémentaires.

Rosso-Mauritanie et Rosso-Sénégal forment ainsi un véritable couloir commercial transfrontalier.

Les marchandises circulent dans les deux sens, tandis que les populations traversent pour travailler, commercer, acheter, vendre, rendre visite à leurs familles ou poursuivre leur route vers d'autres régions.

Les travaux consacrés aux échanges transfrontaliers montrent d'ailleurs que de nombreuses activités économiques de Rosso sont directement liées à la présence de la frontière : commerce, transport, change, mécanique, restauration, transformation du riz, petits métiers et services.

C'est pourquoi l'économie de Rosso ne peut être comprise uniquement à l'intérieur de ses limites administratives. Son véritable espace économique s'étend de part et d'autre du fleuve.

5. M'Pourié : l'autre grande vocation de Rosso, l'agriculture

Mais réduire Rosso au commerce serait oublier une autre dimension fondamentale de son histoire : l'agriculture irriguée.

La proximité du fleuve Sénégal et la disponibilité des terres agricoles ont donné à la région une vocation agricole exceptionnelle pour un pays essentiellement sahélien.

C'est dans ce contexte que la plaine de M'Pourié a occupé une place historique majeure.

La coopération entre la Mauritanie et la Chine dans le domaine agricole remonte aux premières années de l'indépendance. Des experts agricoles chinois sont intervenus dès 1968 dans les rizières de M'Pourié pour accompagner le développement de la riziculture.

Le ministère mauritanien de l'Agriculture présente d'ailleurs la ferme rizicole de M'Pourié comme la première ferme rizicole du pays et un jalon majeur du développement agricole mauritanien.

M'Pourié représente donc beaucoup plus qu'un périmètre agricole.

C'est une partie de l'histoire économique de Rosso et de la Mauritanie.

La riziculture, le maraîchage et les activités liées à l'agriculture ont contribué à fixer des populations, créer des emplois et développer tout un environnement économique autour de Rosso.

Aujourd'hui encore, l'agriculture irriguée constitue l'un des piliers de l'économie locale et régionale.

6. Rosso, ville frontière mais aussi ville-pont

C'est peut-être là que réside toute la singularité de Rosso.

Rosso est une frontière géographique, mais elle est surtout un pont humain.

Le fleuve sépare les deux États, mais les populations ont développé depuis longtemps des relations familiales, culturelles, économiques et sociales qui dépassent cette frontière.

Le bac, les pirogues et demain le pont ne représentent donc pas uniquement des moyens de transport. Ils symbolisent la continuité des relations entre deux rives et deux peuples.

Avec la construction du pont de Rosso, cette fonction devrait encore prendre de l'ampleur, puisque l'ouvrage est appelé à renforcer le corridor de transport entre la Mauritanie et le Sénégal et, plus largement, les échanges régionaux

7. Rosso aujourd'hui : un véritable carrefour ethnique et culturel

C'est ici que l'histoire de Rosso devient particulièrement intéressante.

Rosso est aujourd'hui un véritable carrefour ethnique, culturel et économique.

On y rencontre des Maures, des Peuls/Haalpulaar, des Wolofs, des Soninkés, mais aussi des populations venues d'autres régions de Mauritanie et de différents pays d'Afrique de l'Ouest.

Les mouvements migratoires contemporains renforcent encore cette diversité. L'Organisation internationale pour les migrations souligne que Rosso attire notamment des travailleurs migrants sénégalais et maliens en raison de son agriculture, de son commerce et de sa position de carrefour frontalier.

Cette diversité n'est donc pas un phénomène récent.

Elle est inscrite dans l'ADN historique de Rosso.

8. La véritable identité de Rosso

On pourrait finalement résumer l'histoire de Rosso autour de quatre grandes vocations :

Le fleuve : voie de communication et trait d'union entre les peuples.

Le commerce : vocation historique qui a fait de Rosso une grande ville d'échanges transfrontaliers.

L'agriculture : vocation renforcée par la plaine de

M'Pourié et la coopération agricole mauritano-chinoise.

Le brassage humain : rencontre des cultures, des ethnies, des langues et des populations de Mauritanie et d'Afrique de l'Ouest.

En définitive

Rosso est une ville que la géographie a placée à la frontière, mais que l'histoire a transformée en carrefour.

Elle est née du fleuve, s'est développée grâce au commerce, a trouvé dans les terres de M'Pourié une vocation agricole et est devenue, au fil des générations, un espace exceptionnel de brassage humain.

À Rosso, la frontière sépare les États mais ne sépare pas les peuples.

C'est précisément cette particularité qui fait de Rosso une ville singulière en Mauritanie : une ville où se rencontrent le Sahel et la vallée du fleuve Sénégal, le commerce et l'agriculture, les traditions mauritaniennes et les cultures ouest-africaines.

Rosso n'est donc pas simplement une ville frontière. Elle est une ville-carrefour, une ville-pont et une ville de rencontre.

Mohamed Sakho
Correspondant L'Authentique au Trarza