Sénégal: ouverture du Forum de Dakar dans un paysage sécuritaire africain transformé
Forum de Dakar 2026 sur la paix et la sécurité en Afrique
- Publié par Aidara cheikh --
- Tuesday, 21 Apr, 2026
Dakar accueille, ce lundi 20 avril et mardi, la dixième édition du Forum international sur la paix et la sécurité en Afrique, une édition anniversaire, dans un contexte de recomposition profonde : recul de la présence française au Sahel, fragilisation de la Cédéao et progression du jihadisme vers les côtes du golfe de Guinée. Le président Bassirou Diomaye Faye préside l'ouverture.
Treize ans après sa création, le Forum de Dakar se tient dans un paysage sécuritaire africain transformé, rapporte la correspondante de RFI à Dakar, Juliette Dubois. Le G5 Sahel est dissous, la Cédéao est fragilisée par le retrait du Mali, du Burkina et du Niger et le jihadisme progresse désormais vers les États côtiers du golfe de Guinée tels que le Bénin, le Togo et le Ghana.
C'est dans ce contexte que se retrouvent, à Diamniadio, pendant deux jours, une centaine d’experts. Parmi eux, figurent des responsables d'organisations régionales africaines, dont le président de la Commission de la Cédéao, mais aussi des militaires de haut rang, dont d'anciens chefs d'état-major et un général burkinabè représentant les centres stratégiques de l’Alliance des États du Sahel (AES).
Des chercheurs et juristes africains seront également présents ainsi que des partenaires extérieurs : un représentant du département d'État américain ou encore l'envoyée spéciale allemande pour le Sahel.
Ateliers de discussions sur des sujets sensibles
Selon les programmes, après la cérémonie d’ouverture, les ateliers de discussion porteront sur plusieurs thématiques. Notamment le contrôle des ressources naturelles. Il sera question des terres rares et des minerais critiques. Selon l'organisation Rights & Resources, l'Afrique abrite 30 % de ces terres rares, indispensables à la mise en oeuvre d'énergies propres qui serviront à soutenir la transition énergétique actuellement en cours dans le monde. La RDC qui concentre 70 % du cobalt mondial en est l'exemple le plus emblématique. D'où la nécessité pour l'Afrique de s'organiser, explique, à Sidy Yansané du service Afrique de RFI, le Docteur Solange Bandiaky-Badji, présidente de l'Initiative pour les droits et ressources.
« Il y a par exemple le Ghana, le Gabon, la Côte d'Ivoire qui sont les plus grands producteurs de manganèse, le Mali et le Burkina Faso et même le Niger avec l'uranium. l'Afrique, tout d'un coup, est devenue le centre de géopolitique par rapport à ces ressources. Avant, bien sûr, il y avait le pétrole qui posait des problèmes. Si on prend le cas du Nigeria avec le delta du Niger où il y a eu d'énormes problèmes, il y a aussi les mines avec les mines d'or où il y a toujours eu des problèmes ».
« Mais on n'a jamais vu cette ruée géopolitique où toutes les puissances veulent venir en Afrique, poursuit le Docteur Solange Bandiaky-Badji. Et maintenant, ce qu'on se demande, c'est comment éviter cette malédiction des ressources ? On a vu récemment le gouvernement du Sénégal qui a révoqué des contrats miniers parce qu'il s'est dit qu'il faudrait qu'on puisse renégocier, faire en sorte que le gouvernement puisse gagner en taxes, mais aussi que les communautés puissent en gagner. Si on regarde les communautés qui se trouvent dans les zones, il y a beaucoup plus de ressources. C'est là où on a beaucoup plus de pauvres. Et, en fin de compte, les jeunes choisissent l'immigration. Pourquoi ? Parce qu'ils n'ont pas accès à la terre, à leurs ressources, alors que ça pouvait servir non seulement les gouvernements, mais aussi les communautés locales qui se trouvent à la base ».
Parmi les autres thématiques abordées lors de ce forum : les transitions politiques, la cybersécurité et la recomposition des forces de sécurité régionales. La clôture du forum est prévue, mardi 21 avril, en fin d'après-midi.
RFI
Le président El-Ghazouani au forum de Dakar : L’intégration n’est pas une ambition, c’est une nécessité
Invité d’honneur de la 10e édition du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique par le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, le chef de l’État mauritanien Ghazouani a pris parole autour d’une conviction centrale: celle des défis du continent qui ne peuvent être surmontés qu’à travers une approche globale.

Selon lui, il y’a trois dimensions indissociables notamment la stabilité, l’intégration et la souveraineté. D’emblée, El-Ghazouani a posé le cadre de sa réflexion. En effet, la question n’est plus de dresser un état des lieux, « ce travail a déjà été largement accompli », a-t-il estimé. Mais bien d’identifier des solutions concrètes pour bâtir « une Afrique stable, intégrée et souveraine ».
Un objectif qu’il a qualifié de « stratégique commun » sans oublier d’insister sur la responsabilité collective des États africains dans sa réalisation.
Sur la stabilité, le président mauritanien a insisté sur les fractures sociales, les tensions identitaires, le déficit de gouvernance, les ruptures institutionnelles et l’expansion des groupes armés non étatiques.
Face à ces menaces, il a jugé qu’une réponse exclusivement sécuritaire « ne saurait suffire », plaidant pour une approche globale combinant amélioration de la gouvernance, renforcement de l’état de droit, garantie d’un accès équitable aux conditions de vie dignes et investissement dans la jeunesse. Il a également appelé à consolider les mécanismes continentaux de coordination, notamment à travers l’Union africaine, en modernisant son architecture de paix et de sécurité.
Sur l’intégration, El-Ghazouani a été catégorique : pour l’Afrique, « l’intégration n’est pas une ambition, c’est une nécessité ». Il a salué la Zone de libre-échange continentale africaine comme un levier majeur de transformation économique, tout en avertissant que la faiblesse du commerce intra-africain tient moins aux barrières tarifaires qu’à des facteurs structurels profonds, la faible industrialisation, économies peu diversifiées et la prédominance des exportations de matières premières.
L’intégration doit donc, selon lui, s’accompagner d’efforts soutenus en matière de transformation locale et d’innovation technologique. Il a par ailleurs rendu hommage à l’Organisation pour la mise en valeur du fleuve Sénégal, qu’il a présentée comme « un modèle de gestion concertée et solidaire des ressources transfrontalières » et un exemple à suivre pour le continent.
Sur la souveraineté, le chef de l’État mauritanien a proposé une lecture résolument contemporaine du concept. La souveraineté ne peut plus se réduire, a-t-il dit, à son acception classique d’indépendance absolue.
Elle se décline désormais en autant de dimensions que de niveaux de dépendance alimentaire, énergétique, hydrique, numérique, sanitaire et se mesure à la capacité des États à « maîtriser leurs dépendances, en réduire les vulnérabilités et en renforcer les résiliences ». C’est précisément l’intégration africaine qui offre, selon lui, les moyens d’y parvenir, en limitant les dépendances extérieures et en amplifiant la voix du continent sur la scène internationale.
Le président Sierra Léonais était présent aux travaux dudit forum
