TAAZOUR, immense machine contre la précarité ou instrument politique aux mains du pouvoir
A propos de TAAZOUR
- Publié par Aidara cheikh --
- Saturday, 24 Oct, 2026
Depuis sa création, la Délégation générale à la solidarité nationale et à la lutte contre l'exclusion (TAAZOUR) a mobilisé plus de 249 milliards d’anciennes ouguiyas (MRO) en faveur des populations vulnérables mauritaniennes. Cependant, elle fait face à des critiques de la part de l’opposition, de la société civile et de certains bénéficiaires.
Avant l’agence TAAZOUR, créé fin 2019 par le président Mohamed Cheikh Ould Ghazouani, le paysage de la lutte contre la pauvreté et la protection sociale en Mauritanie était fragmenté entre plusieurs structures, agences et cellules ministérielles.
L'objectif de la création de TAAZOUR a été de fusionner et de centraliser ces entités pour créer un "super-ministère" de la solidarité nationale. Avant son arrivée, l'action sociale reposait principalement sur trois grands piliers.
Il y eut d’abord l’Agence nationale TADAMOUN de lutte contre les séquelles de l’esclavage, de l’insertion et de lutte contre la pauvreté, créé en 2013. Elle ciblait essentiellement les zones rurales reculées, l’insertion des rapatriés et la construction d’infrastructures dans les Adwabas.
La gestion des crises humanitaires, des sécheresses et des distributions de nourritures revenaient au Commissariat à la Sécurité Alimentaire (CSA). Elle gérait de manière autonome les stocks de céréales de l'État, les secours d'urgence et le réseau des "Boutiques EMEL. Aujourd'hui, TAAZOUR a repris une grande partie des financements liés aux filets sociaux et aux aides d'urgence en cash qui lui revenaient.
Il y avait en parallèle, des structures éparpillées, des programmes phares embryonnaires, telles que la Cellule du Registre Sociale, rattachée en 2020 à TAAZOUR, le Programme Tekavoul lancé vers 2015 avec l’appui de la Banque mondiale et sous tutelle ministérielle pour le transfert monétaire vers des ménages pauvres et qui est devenue une direction au sein de TAAZOUR.
Ce que TAAZOUR a apporté en termes de lutte contre la pauvreté et de protection sociale
TAAZOUR déploie une approche multisectorielle et territorialisée fondée sur un ciblage numérique pour assister les populations pauvres et vulnérables en Mauritanie.
Le Registre social est la base de données centrale qui répertorie les profils des ménages les plus pauvres du pays pour garantir la transparence et l'objectivité des aides. Près de 300 000 à 307 000 familles y sont enregistrées sur l'ensemble du territoire.
TAAZOUR intègre les autorités régionales et locales (Wali, Hakem) dans la gestion numérique du portail pour ajuster les interventions aux réalités locales des différentes wilayas.
L’urgence et l’assistance directe
TAAZOUR procède à des transferts monétaires réguliers et exceptionnels, avec le versement d'allocations financières directes aux familles inscrites pour soutenir leur pouvoir d'achat face aux chocs économiques.
Elle procède aussi à des distribution de kits alimentaires (riz, blé, sucre, pâtes) et à la mise en place de programmes d'urgence tels que AOUN ciblant plus de 350 000 ménages nécessiteux.
A travers des réseaux de magasins de proximité subventionnés, le programme TEMOUINE,TAAZOUR procède aussi au subventionnement des produits de base et la réduction ciblée du coût du gaz domestique.
Programme CHEYLA, développement local et services de base
TAAZOUR construit des infrastructures scolaires et sanitaires, procède à l’équipement d'écoles, de collèges, de lycées, de crèches et de cantines scolaires pour des centaines de milliers d’élèves, ainsi qu’à l'ouverture de points de santé et la distribution de cartes d'assurance maladie.
Elle facilite l’accès à l'hydraulique, avec le forage de centaines de puits et la mise en place de réseaux d'adduction d'eau potable dans les zones rurales isolées et les adwabas (hameaux).
Dans le domaine de l’habitat social, elle a mis en place le Programme DARI, avec des programmes de construction de logements décents pour les populations défavorisées.
Programmes ALBARKA et PDR pour l’inclusion économique et l’autonomisation
TAAZOUR finance des activités Génératrices de Revenus (AGR) avec le financement de projets individuels, de micro-entreprises, de moulins à grains, de coopératives féminines et d'infrastructures rurales (barrages de culture de décrue, digues, réfrigérateurs solaires). C'est le programme AL BARKA pour l'inclusion économique et l'autonomisation.
TAAZOUR a aussi iniité des Plans de développement régionaux (PDR), avec des volets de développement spécifiques par wilaya (comme à l'Hodh el Charghi ou à l'Inchiri) en fonction des doléances exprimées par les populations locales.
Concrètement, quels impacts sur les populations.
Sur le terrain, les investissements de TAAZOUR se sont traduits par des infrastructures concrètes, des filets de sécurité financière et des projets visibles dans les adwabas (hameaux) et les zones périurbaines.
Dans le domaine de la protection sociale et du pouvoir d’achat des populations, près de 300 000 familles reçoivent des allocations financières directes régulières pour amortir l'inflation ou les chocs climatiques.
En milieu rural, des réponses immédiates sont déployées lors des crises. Par exemple, à la suite d'inondations dans l'Assaba (Kankossa), des enveloppes de 50 000 anciennes ouguiyas par ménage ont été distribuées directement à des centaines de familles sinistrées.
Egalement, des distributions massives de kits alimentaires (riz, sucre, huile) touchent ponctuellement plus de 155 000 familles parmi les plus pauvres lors des périodes de soudure ou de hausses des prix de l'énergie.
Sur le plan des infrastructures sanitaires, TAAZOUR a lancé d'immenses chantiers de construction, incluant des appels d'offres majeurs pour 761 salles de classe à travers les wilayas les plus défavorisées comme le Hodh El Charghi et le Hodh El Gharbi.
Elle a aussi procédé à la construction et à l’équipement de dizaines de postes de santé (par exemple, 27 nouveaux postes de santé médicalisés prévus dans les deux Hodhs) pour rapprocher les soins des populations rurales isolées.
En matière d’assurance maladie, des centaines de milliers de cartes de l'assurance maladie (CNASS) ont été remises gratuitement aux familles démunies, leur ouvrant un accès gratuit ou subventionné aux hôpitaux.
En termes, d’inclusion économique et d’équipements de production pour l’autonomisation des communautés, TAAZOUR a mis en place des boutiques et des moulins communautaires. Rien que dans des zones cibles comme l'Assaba ou le Hodh El Charghi, le programme a financé le déploiement de dizaines de boutiques communautaires subventionnées, de moulins à grains collectifs, et de réfrigérateurs solaires pour la conservation des aliments.
Cela sans compter les aménagements agricoles ruraux, avec le financement d'infrastructures pour les petits exploitants, notamment des camions-citernes de grande capacité (25 tonnes) pour l'approvisionnement en eau, et la construction de digues/barrages pour la culture de décrue.
TAAZOUR a aussi construit des complexes de proximité, notamment à Timbédra et à Bassiknou, qui intègrent des terrains de sport de proximité, des espaces multimédias pour les jeunes, des abattoirs modernes et des entrepôts sécurisés.
TAAZOUR et les critiques sur sa gestion des programmes
Malgré les investissements massifs consentis, la Délégation générale TAAZOUR fait régulièrement l'objet de critiques de la part de l'opposition politique, d'acteurs de la société civile et de certains bénéficiaires. Les principaux griefs reprochés à TAAZOUR se concentrent sur la lenteur d'exécution des projets, les failles du ciblage social et des soupçons de clientélisme politique.
Sur le plan des infrastructures
Il est reproché à TAAZOUR, la lenteur dans l’exécution de ses programmes, ce que d’aucuns appellent le syndrome des « Chantiers fantômes».
Il s’agit en général d’infrastructures inachevées ou gelées, comme l'illustre la situation des logements Dari à Aleg ou Sélibaby, le décalage entre l'annonce de la fin du gros œuvre et l'attribution réelle qui alimentent un sentiment de frustration. Pour les détracteurs, ces bâtiments vides symbolisent une mauvaise planification logistique.
Il y a également la rupture de contrats avec les PME locales, des résiliations de contrat de prestation ou la réattribution du marché, comme les finitions à Néma ou à Nouadhibou, que TAAZOUR explique par les défaillances dues aux entreprises locales sélectionnées, ce qui a considérablement allongé les délais de livraison des écoles ou des dispensaires.
Des reproches sont aussi adressées à TAAZOUR pour des erreurs de ciblage des bénéficiaires
En effet, le système numérique de notation (Proxy-Means Testing) est critiqué pour sa rigidité. Des leaders associatifs rapportent que des familles vivant dans une extrême pauvreté rurale (notamment dans certaines adwabas) restent exclues des listes de transferts monétaires Tekavoul ou des logements Dari, tandis que des ménages moins nécessiteux y figurent.
Les détracteurs reprochent au Registre Social sa lenteur à intégrer les "nouveaux pauvres" nés des crises climatiques successives (sécheresses, inondations soudaines) ou de l'inflation urbaine.
De plus en plus récurrents, des soupçons d'instrumentalisation politique et de clientélisme
L'opposition accuse régulièrement le pouvoir d'utiliser les distributions d'urgence, les allocations financières et les promesses de logements comme un levier pour s'assurer le vote des classes populaires lors des scrutins. Les vagues d'annonces coïncident souvent avec des calendriers politiques stratégiques.
Bien que TAAZOUR mette en avant l'objectivité de sa plateforme numérique, des critiques affirment que les commissions locales (présidées par les autorités administratives) subissent l'influence de chefs de tribus ou de notables locaux pour orienter l'attribution des projets communautaires (boutiques, moulins, forages).
D’autre part, des économistes mauritaniens reprochent à TAAZOUR de privilégier les filets sociaux directs (distributions de vivres, cash-transfert) qui maintiennent les populations sous perfusion financière, au détriment du programme Albarka censé financer de véritables Activités Génératrices de Revenus (AGR) durables et viables à long terme.
Cheikh Aïdara
