Une Occasion de Redressement Historique
Birame Dah Abeid commente la démission de Ould Djay
- Publié par Aidara cheikh --
- Friday, 09 Oct, 2026
Monsieur le Président, vous avez une occasion historique de sauver le pays et de réconcilier les Mauritaniens
Monsieur le Président,
La démission du Premier ministre, Mokhtar Ould Djay, est la conséquence logique d’une crise politique, économique et morale qui n’a cessé de s’aggraver. Les affaires et les révélations successives ont mis à nu les défaillances d’un système de gouvernance marqué par le mensonge, le clientélisme, l’opacité et la captation des ressources publiques. Le scandale de la SOMELEC n’est que la partie émergée de l’iceberg. Croire que le départ du Premier ministre suffira à tourner la page serait une grave erreur si les pratiques et les mécanismes qui ont conduit le pays dans cette impasse demeurent intacts.
Depuis l’arrivée de ce gouvernement, les Mauritaniens subissent la hausse vertigineuse des prix et des impôts, les difficultés d’approvisionnement en hydrocarbures, le chômage, la pauvreté et la corruption. À cette crise sociale s’ajoute une dérive institutionnelle marquée par la politisation de l’administration, les réseaux de clientélisme, les soupçons de détournement des ressources publiques à travers les marchés publics, ainsi que la répression de l’expression et de l’action politique et civile légitimes. Les recrutements et les nominations relevant de ces réseaux, tout comme les éventuelles largesses accordées à des relais d’opinion chargés de promouvoir le Premier ministre et d’autres membres du gouvernement et d’attaquer leurs opposants, doivent prendre fin. L’État ne peut être mis au service de clans ou d’intérêts particuliers.
Monsieur le Président, vous êtes aujourd’hui à la croisée des chemins. Vous pouvez vous contenter de remplacer un Premier ministre par un autre et laisser perdurer les mêmes pratiques. Vous pouvez aussi faire de cette démission le point de départ d’un véritable changement de cap. C’est une occasion historique de restaurer la confiance, de redresser le pays et de rendre à l’État sa vocation première : servir tous les Mauritaniens.
C’est dans cet esprit que je vous tends la main. Le salut de la Mauritanie doit être placé au-dessus des rivalités politiques et des intérêts particuliers. Notre pays a besoin d’une nouvelle orientation, d’une volonté politique forte et d’un effort collectif pour sortir de la crise.
Je préconise la constitution, à l’issue d’une large concertation avec les acteurs politiques, d’un gouvernement de technocrates compétents, intègres et indépendants des réseaux de clientélisme. Sa mission serait de mettre en œuvre un plan d’urgence pour protéger le pouvoir d’achat, soutenir les plus vulnérables, combattre la pauvreté et le chômage, assainir les finances publiques, lutter contre la corruption et engager les réformes institutionnelles indispensables. Il ne s’agit pas de faire la chasse aux sorcières ni d’organiser des règlements de comptes, mais de tourner la page et de préparer l’avenir.
Ce redressement exige également un véritable apaisement politique, qui passe par la libération de tous les prisonniers politiques et d’opinion, à commencer par l’ancien président Mohamed Ould Abdel Aziz, le général Lebbat Ould Maayouf et les dirigeants d’IRA Abdallahi Abou Diop, Elhaj El Id et Bounas Hmeida. J’appelle également à un dialogue national véritablement inclusif, fondé sur de nouvelles bases, sans exclusion ni sujets tabous, afin de rechercher ensemble des solutions aux crises du pays et de construire un nouveau pacte national.
Notre priorité doit être la réconciliation des Mauritaniens. Aucune nation ne peut construire son avenir sur l’exclusion, les discriminations, les injustices et la méfiance. Il nous faut un État impartial, une citoyenneté égale pour tous et des institutions qui inspirent confiance à chaque Mauritanien, quelles que soient son origine, sa communauté ou son appartenance politique.
Un tel effort exige la responsabilité et l’engagement de toutes les parties. Si vous choisissez cette voie, j’appelle chacun à dépasser les clivages et à contribuer sincèrement à cette entreprise de redressement et de réconciliation nationale.
Monsieur le Président, l’histoire vous offre aujourd’hui une occasion rare de transformer une crise porteuse de grands dangers en un nouveau départ. Vous pouvez faire de cette démission un simple épisode politique ou saisir ce moment pour engager le redressement du pays et réconcilier les Mauritaniens.
Si vous faites le choix du rassemblement, de la justice et du redressement national, vous rendrez un immense service à la Mauritanie. Les Mauritaniens sauront reconnaître le courage de celui qui aura su dépasser les clivages pour les rassembler et ouvrir une nouvelle page de notre histoire.
Biram Ould Dah Ould Abeid
9 Octobre 2026
