19ème édition Festival Assalamalekum : la plus grande fête de la Jeunesse au cœur des priorités affichées par le gouvernement

19ème édition Festival Assalamalekum

CHEIKH AIDARAJPEG - Copie

A l’heure où la 19ème édition 2026, lancée le 11 juin dernier, s’ouvre sur des panels, avec des programmations qui vont se poursuivre à l’IFM avant le grand show du 3 juillet au Stade Olympique de Nouakchott, il est temps que ce festival soit inscrit dans l’agenda du Ministère de la Culture et du Ministère de la Jeunesse.

Une belle opportunité pour le gouvernement, s’il parvenait à convaincre le président Ghazouani de présider personnellement l’ouverture de ce festival et cette grande fête de la jeunesse au Stade Olympique.

Il faut dire que le festival Assalamalekum et son fondateur, Kane Limam dit « Monza », constituent des forces vives du hip-hop en Mauritanie. Leur histoire est celle d'une résilience face à un secteur culturel souvent entravé par des discriminations et un manque criant de soutien étatique.

Mentor de la Jeunesse et Rappeur

Avant d'être le mentor d'une génération, Monza est un rappeur dont le nom de scène signifie Musique Originale Native de la Zone Authentique (Afrique). Bercé par la culture hip-hop depuis la fin des années 1990, il intègre la scène musicale mauritanienne. Son premier album, Président de la Rue Publik sorti en 2004, marque les débuts de la professionnalisation du rap dans le pays.

Plus qu'un Festival, un mouvement de prise de conscience

Créé en 2008, le festival Assalamalekum est aujourd'hui la plus grande vitrine du hip-hop mauritanien. Il s'est imposé comme un événement phare en Afrique, attirant des artistes internationaux et favorisant les échanges culturels.

Loin d'être uniquement un spectacle, Monza l'a conçu comme un levier de transformation sociale. L'édition 2026 illustre cette ambition qui vise à créer un cadre de réflexion contre les violences et les dérives communautaristes.

En Mauritanie, le hip-hop peine à obtenir ses lettres de noblesse. Il est souvent perçu par les autorités comme une « menace culturelle » et un art « étranger », ce qui entraîne son absence quasi-totale des médias publics et des subventions officielles.

Cette défiance s'inscrit dans un contexte sociétal plus large marqué par des divisions raciales et un racisme systémique, avec une hiérarchie sociale rigide. Dans ce climat, le rap devient une voix de contestation essentielle, abordant frontalement des sujets comme l'esclavage, le racisme et les inégalités. De nombreux artistes usent de leur art pour dénoncer l'injustice : des rappeurs comme Adviser condamnent le profilage racial, tandis que d'autres comme « Le K » évoquent les violences policières. Le rap est ainsi un outil politique puissant qui donne une voix aux sans-voix.

Contre l'Indifférence de l'État

Le parcours du festival illustre ce combat contre l'indifférence des institutions. Monza affirme n'avoir reçu que peu de soutien de l'État mauritanien en 19 ans d'existence. De plus, des subventions promises se seraient volatilisées, laissant planer le soupçon de fonds publics détournés.

Cette absence de reconnaissance contraste avec la reconnaissance internationale du festival. Assalamalekum et Monza sont des ambassadeurs culturels de la Mauritanie, représentant le pays dans des instances prestigieuses comme l'UNESCO.

Un Impact Social Indéniable

Malgré ces obstacles, l'impact du mouvement est tangible avec la création d'emplois. En effet, chaque édition génère environ 280 emplois directs. Près de 840 jeunes, dont 500 femmes, ont été formés dans divers métiers de la culture et de l'entrepreneuriat. Le festival attire aussi près de 30 000 festivaliers et offre une scène à des artistes locaux sur le continent.

Monza n’a cessé de plaider constamment pour l'unité nationale à travers la diversité, positionnant le festival comme un espace de brassage et de cohésion sociale. Pour lui, le message est clair. Il voit dans la culture un moyen de réussir là où la politique a échoué. Son combat pour le rap est plus qu'une lutte artistique, c'est un combat pour l'identité plurielle de la Mauritanie.

Parcours d'un artiste-militant déterminé à faire bouger les lignes

Passionné d'écriture (poésie en français et en arabe), Monza s'intéresse très tôt au hip-hop, qu'il perçoit comme un art capable de transmettre des messages révolutionnaires. Il rejoint son premier groupe, Africain Prodige, en 1995.

C'est surtout en l'an 2000, avec son comparse Couly Man, qu'il crée le groupe mythique La Rue Publik. Le duo devient rapidement un phénomène en combinant textes incisifs et engagement politique vindicatif. Leur énergie leur permet d'assurer la première partie de Youssou N'Dour en 2006.

Miroir de la Société

Chaque album de Monza est une photo des réalités mauritaniennes. Il élargit sa palette en fusionnant le rap avec des sonorités traditionnelles pour "hisser le rap vers le haut de l'échelle".

· Président 2 la rue publik (2004) : Premier album, qui devient le premier disque censuré en Mauritanie.

· Incontextablement (2007)

· Mauritaniana (2009)

· Grand Je (2014)

· Mauritana (2016)

Artiste et Entrepreneur Culturel

Dès ses débuts, Monza comprend que pour exister, le rap doit créer ses propres structures. En 2005, il fonde ZAZA Productions, un label dédié à l'accompagnement et à la production d'autres talents.

En 2008, avec les bénéfices de sa première résidence d'artiste en France, Monza choisit de réinvestir l'argent pour créer le festival Assalamalekum. Son ambition était de briser le "silence musical" et de contrer le risque d'implosion du mouvement hip-hop local.

Le festival devient rapidement un empire culturel autour de trois piliers : une plateforme unique d'expression, un formidable incubateur de talents, et un espace de brassage social qui favorise la cohésion nationale.

Monza a toujours fait rimer rap avec responsabilité. En 2008, il traduit la Déclaration universelle des droits de l'homme en langue pulaar et l'adapte en chanson pour le HCR.  Sa chanson "Light 4 my people" dénonce les ravages de l'alcool et de la drogue chez les jeunes. Il a créé le Women Independence Festival, dédié à l'autonomisation des femmes.

Une Reconnaissance Internationale

Malgré un succès grandissant, Monza n'a reçu que peu de soutien de la part de l'État mauritanien en 19 ans. Malgré ce manque de reconnaissance, son travail lui vaut une aura internationale : il fut vice-président du réseau panafricain Arterial Network et ambassadeur de Visa for Music au Maroc. Il a aussi eu l'honneur de représenter l’Afrique au siège de l'UNESCO à Paris.

Pour Monza, sa mission dépasse la simple sphère artistique. Il porte une vision claire : l'identité mauritanienne est plurielle, et il œuvre avec constance pour que cette diversité soit enfin reconnue comme une richesse.

Le parcours de Monza est une démonstration de force : la passion, l'intégrité et le travail peuvent bâtir des ponts là où la politique a parfois échoué.

Le parcours de Monza est celui d'un artiste-militant déterminé à faire évoluer les lignes, malgré un contexte souvent difficile.

« ZAZA Production » : l'autonomie par la structure

La stratégie d’implémentation initiée par Monza passe par la création de structures dédiées pour ne plus dépendre d'un État défaillant. Le label « ZaZa Productions » est un excellent exemple. Ce n'est pas seulement un studio, mais un véritable hub qui offre un espace de création pour les quelques 3 000 groupes de rap locaux. Il s'agit d'une approche « Do it yourself » (faites-le vous-même) qui permet de contrôler toute la chaîne de production, de l'enregistrement à la promotion.

Les artistes se regroupent aussi au sein d'associations pour mutualiser leurs forces, comme le projet de « Maison des Cultures Urbaines ». Cette auto-organisation leur permet de tenir malgré l'absence de politique publique de développement culturel.

Sortir du cadre officiel

Ne pouvant compter sur les circuits traditionnels, les artistes ont su conquérir leurs propres espaces pour se produire et exister.

Les artistes se produisent dans les instituts français ou dans les festivals voisins comme au Sénégal ou au Maroc. Quand l'étau se resserre, l'exil devient une option. En Europe, ils continuent d'utiliser leur art comme un outil de mémoire, comme le groupe Diam Min Tekky (dont deux premiers albums ont été censurés), qui continue de faire vivre la mémoire mauritanienne depuis Bruxelles.

 

L'absence d'aide locale impose de chercher des financements en dehors des frontières, un « mécénat de nécessité » qui se compose de plusieurs leviers, avec des partenariats et la diplomatie culturelle. Le festival compte sur des sponsors privés et des institutions internationales, à l'image de son partenariat avec l'Algérie pour la 17ᵉ édition. Monza a su également mobiliser son réseau et placer la Mauritanie sur la carte culturelle mondiale au sein d'organisations comme l'UNESCO.

La révolution numérique

Le numérique constitue probablement le levier le plus puissant pour tisser des alliances au niveau régional et international. Il permet de contourner les censures et les médias officiels pour atteindre directement le public.

·YouTube et SoundCloud sont devenus l'espace de diffusion privilégié pour publier des morceaux sans passer par la censure. ZaZa Productions a démocratisé l'enregistrement en studio. Les albums sont souvent masterisés à Dakar ou Paris. Les réseaux sociaux permettent de fédérer une communauté, de créer un mouvement et de faire pression, même si le gouvernement tente de mettre en place des contrôles.

Des artistes comme CTD Diamant Noir, qui cartonne sur YouTube, ou Adviser, une autre figure majeure du rap local, gagnent une audience qui dépasse les frontières.

Par-dessus tout ce tohu-bohu, le maître-mot est l'autonomie. Monza le résume bien : « Je ne veux pas l’argent, mais je veux l’expertise pour moi-même faire l’argent ».

Cette philosophie se concrétise par un véritable écosystème complet, associant production, formation. Elle a permis la création de près de 280 emplois directs par édition, prouvant que leur action est aussi une nécessité économique.