ANALYSE GÉOPOLITIQUE SUR LA SITUATION AU VENEZUELA : LA GUERRE CONTRE LA SOUVERAINETÉ.

Le Vénézuela ou la fin du droit international

TRUMP MADURO

Ce qui se passe actuellement au Venezuela n'est pas une simple crise politique ou une histoire de droits de l'homme. C'est quelque chose de plus profond, de plus ancien, et qui nous concerne tous en Afrique. C'est la mise en œuvre d'une stratégie que le monde a déjà vue à plusieurs reprises, une stratégie qui vise à punir tout pays qui ose vouloir contrôler la valeur de ses propres richesses.

Regardons l'histoire récente, elle nous parle clairement.

En l'an 2000, Saddam Hussein, le dirigeant de l'Irak, a pris une décision qui a secoué le monde financier. Il a annoncé que son pays ne vendrait plus son pétrole en dollars américains, mais en euros. Il voulait que la richesse de l'Irak profite d'abord à l'Irak. Trois ans plus tard, en 2003, les États-Unis et leurs alliés ont envahi l'Irak. Le prétexte officiel était la recherche d'armes de destruction massive. Ces armes n'ont jamais été trouvées. Mais très rapidement après l'invasion, le pétrole irakien est revenu sur le marché international... et il était à nouveau vendu exclusivement en dollars américains.

Ensuite, prenons le cas de la Libye et de son dirigeant Mouammar Kadhafi. En 2009, il a lancé un projet visionnaire et dangereux pour les puissances occidentales : créer une monnaie africaine unique, le ''Dinar-or''. Cette monnaie aurait été garantie par l'or et le pétrole africains. Son but était simple : permettre aux pays africains d'échanger leurs ressources entre eux sans être obligés d'utiliser le dollar américain ou le franc CFA. En 2011, une coalition militaire de l'OTAN est intervenue en Libye pour ''protéger la population''. Kadhafi a été renversé et tué dans des conditions atroces. Son projet de monnaie africaine a été instantanément enterré et oublié.

Plus récemment, regardons la Syrie. En 2018, le gouvernement syrien envisageait de construire un important pipeline de gaz naturel avec l'Iran, un projet qui aurait contourné les routes d'approvisionnement contrôlées par les pays de l'OTAN. La Syrie étudiait aussi la possibilité de rejoindre un nouveau système de paiement international créé par la Russie et la Chine, un système conçu pour éviter le système bancaire occidental. Depuis, la Syrie a été plongée dans une guerre totale, son infrastructure économique et énergétique a été systématiquement détruite.

Maintenant, en 2025, nous voyons le même scénario se dérouler au Venezuela. Le Venezuela possède les plus grandes réserves de pétrole prouvées au monde, avec plus de 300 milliards de barils. Ces dernières années, le gouvernement vénézuélien, pour survivre aux sanctions économiques qui l'étouffent, a commencé à vendre son pétrole en yuans chinois et contre de l'or, en utilisant des circuits financiers qui évitent le système du dollar. Aujourd'hui, nous apprenons que les États-Unis ont mené des frappes militaires sur le sol vénézuélien.

Vous voyez le point commun entre l'Irak, la Libye, la Syrie et maintenant le Venezuela ? Ce n'est pas qu'ils étaient tous des dictatures. D'autres dictatures sont amies avec l'Occident. Le vrai point commun, c'est qu'ils ont tous essayé, à un moment donné, de se libérer du dollar américain comme monnaie obligatoire pour vendre leurs ressources stratégiques, que ce soit le pétrole ou le gaz.

La réponse des grandes puissances suit toujours la même méthode. D'abord, elles imposent des sanctions économiques qui isolent le pays et étouffent son peuple. Ensuite, elles soutiennent financièrement et médiatiquement une opposition interne pour créer le chaos et la division. Enfin, quand le pays est suffisamment affaibli, elles interviennent militairement, sous une belle excuse comme ''protéger la démocratie'' ou "lutter contre le terrorisme". Le résultat final est toujours le même : les ressources naturelles du pays reviennent sous le contrôle des marchés internationaux... et elles sont à nouveau vendues en dollars.

Et l'Afrique dans tout cela ? L'Afrique, mes frères et sœurs, subit cette même logique, mais d'une manière différente. Nous ne vivons pas une guerre ouverte, mais une paix sous tutelle. Notre outil de contrôle s'appelle le Franc CFA.

Regardons les faits concrets et vérifiables concernant le Franc CFA :

•  La moitié de toutes les réserves d'argent étranger des 14 pays africains qui utilisent le Franc CFA sont déposées sur un compte spécial au Trésor public français, à Paris. Cela signifie que nous ne contrôlons pas pleinement notre propre épargne nationale.
•  Un représentant du gouvernement français siège de droit dans les conseils d'administration de nos banques centrales africaines, la BCEAO et la BEAC. Et ce représentant a un droit de veto. Il peut bloquer toute décision monétaire qui ne plaît pas à la France.
•   La valeur du Franc CFA est verrouillée sur celle de l'euro. Un euro vaut toujours exactement 655,957 francs CFA. Cette parité est garantie par la France. Cela signifie que ce n'est pas nous qui décidons de la valeur de notre monnaie ni de notre politique économique ; c'est la Banque Centrale Européenne, qui défend d'abord les intérêts de l'Allemagne et de la France.

Le Franc CFA n'est donc pas une vraie monnaie africaine. C'est un instrument de contrôle économique, un vestige du colonialisme qui empêche nos pays de mener une politique monétaire indépendante, de développer nos propres industries et de construire une véritable souveraineté économique. Il nous maintient dans un état de dépendance organisée.

Maintenant, posez-vous cette question qui doit nous faire peur : qu'est-ce qui se passerait si demain, la République Démocratique du Congo décidait de vendre son cobalt, dont elle possède 70% des réserves mondiales, uniquement en yuans chinois ou en échange d'hôpitaux et d'écoles, sans passer par les banques occidentales ? Ou si le Niger et le Mali, qui fournissent l'uranium pour les centrales nucléaires françaises, exigeaient d'être payés en or physique ?

L'histoire de l'Irak, de la Libye et du Venezuela nous donne la réponse, et elle est brutale.

Face à cette réalité, il n'y a qu'une seule solution pour l'Afrique : l'union stratégique et courageuse. Nous ne pouvons pas survivre seuls, pays par pays. Nous devons nous unir. Cela passe par plusieurs actions concrètes :

Premièrement, créer une chambre de compensation panafricaine. Cela permettrait à un pays qui vend du cacao d'acheter des médicaments à un autre pays africain sans avoir à convertir nos francs CFA en dollars d'abord. Nos échanges se feraient directement entre nos monnaies.

Deuxièmement, établir un Fonds Monétaire Africain qui serait garanti par nos propres richesses : notre or, notre pétrole, notre cobalt, notre uranium. Ce fonds donnerait du poids et de la crédibilité à notre union monétaire.

Troisièmement, sortir de manière coordonnée et définitive du Franc CFA pour créer notre propre monnaie commune, une monnaie contrôlée par des Africains, pour les Africains.

Quatrièmement, développer d'urgence nos propres systèmes de paiement entre pays africains, comme le système PAPSS qui existe déjà, pour ne plus être dépendants du réseau bancaire occidental SWIFT.

Pour vous, citoyen africain, la leçon à tirer est simple. Ne placez pas toute votre confiance et toutes vos économies dans une monnaie que vous ne contrôlez pas. Protégez-vous en diversifiant. Convertissez une partie de votre épargne en actifs réels : achetez un lopin de terre, conservez un peu d'or physique que vous gardez chez vous, investissez dans du bétail. Pour ceux qui sont à l'aise avec la technologie, informez-vous sur des actifs numériques décentralisés comme le Bitcoin. Ne le voyez pas comme un jeu de spéculation, mais comme une façon de posséder une valeur qui n'est pas stockée dans une banque qui peut la geler ou la confisquer sur ordre d'un gouvernement étranger.

Le Venezuela est bien plus qu'une nouvelle angoissante. C'est un avertissement solennel pour l'Afrique.

Notre continent est assis sur les ressources les plus convoitées du 21ème siècle. Soit nous nous réveillons, nous nous unissons et nous prenons ensemble le contrôle de la valeur de ces ressources, soit nous serons démantelés et dominés, un pays après l'autre, comme le furent l'Irak, la Libye, et comme le Venezuela est en train de l'être.

La souveraineté ne se mendie pas. Elle ne s'obtient pas en gentillesse. Elle se prend par la connaissance, par la volonté et par l'unité. Et chaque jour qui passe sans action nous rapproche du danger.